Actu de l'ile Maurice
Actualités

Réforme éducative : Nine Year Schooling, la fin du calvaire

Réforme éducative : Nine Year Schooling, la fin du calvaire

Certes le projet de Nine Year Schooling (NYC), comme tout projet de réforme, comportera des failles ou des manquement. Mais dans le fond aussi bien que dans la forme, il semble déjà faire l’unanimité dans les sphères politiques, sociales ou éducatives. Même Steven Obeegadoo du MMM ou Vasant Bunwaree, ex-ministre travailliste, ou Kadress Pillay, ancien ministre de l’Education, semblent adhérer au projet. Comment cela pourrait-il être autrement, car l’histoire retiendra que c’est sous le gouvernement de SAJ que la réforme de l’éducation a été mise en marche. Car entre 2000 et 2005, son gouvernement avait déjà mis en chantier la construction de plus d’une cinquantaine de collèges.

Et c’est justement ces collèges — regional colleges d’après le plan —qui faciliteront la mise en œuvre du NYC. Et par la même occasion, mettre fin à cette insoutenable course vers les « star schools ». Car, il est important de souligne au passage que les collèges dits nationaux n’accueilleront pas d’élèves entre 2018 et 2020.

Ainsi c’est en cette année que le projet de réforme est entré en vigueur. Le premier ‘batch’ qui est entré dans le « bain » est bien celui des élèves qui accèderont en cinquième l’année prochaine. Ils seront exemptés du premier « Modular assessment » pour en être confronté en juillet/août 2017 avant de passer à l’examen final en octobre de la même année (voir infographie : comprendre le NYC en 10 minutes). Et ces dernier intègreront les collèges régionaux en janvier 2018.

À partir de là, un exercice d’admission dans un collège, sur une base régionale et selon le grade de l’enfant, aura lieu. Après trois ans, l’élève devra prendre part à un National Certificate Examination. Il pourra, à partir de là, poursuivre ses études dans le même collège, se faire admettre dans un des collèges nationaux actuels ou encore suivre une filière vocationnelle (voir infographie : comprendre le NYC en 10 minutes).

Fin du système prévoc

Fini donc la pression du CPE, qui laisse la place au Primary School Achievement Certificate. Le NYC marque aussi la fin de la question de « recalés du CPE » et le système prévoc. Et bien d’autres maux auxquels les enfants de l’île Maurice avaient à faire face. Ce soulagement est perceptible chez les pédagogues en particulier.

Heidi Coombs en fait partie. « Cette réforme met fin à cette horrible pression qui pesait sur les enfants qui, dopés par les leçons particulières, finissaient par devenir des perroquets à la fin du cursus. C’est fantastique !  C’est fantastique pour les enfants de l’île Maurice», confie cette pédagogue d’origine hollandaise, qui a travaillé sur des projets de réforme et enseigné dans Europe, au Moyen-Orient et en Australie.

Kadress Pillay arbore dans le même sens : « Je suis convaincu que l’enfant sera moins stressé. L’enfant pourra, à l’âge de 15 ans, pourra faire un meilleur choix par rapport à quelle direction donner à son avenir. » C’est justement le point focal de ce projet et sur lequel Leela Devi Dookun se montre rassurante.

A l’aise et faisant preuve de maîtrise, la ministre de l’Education maintient que que le gouvernement propose « un système où les élèves peuvent évoluer et choisir. Il n’y aura pas de stigmatisation et tous les enfants seront au même niveau ».

Le plan de réforme va plus loin en proposant une classe spéciale dans chaque école secondaire pour les enfants nécessitant un soutien supplémentaire. Ceux-ci pourront étendre leur apprentissage sur un cycle de quatre ans.

C’est pour résumer quelque 7,000 enfants qui n’arrivent pas à traverser les examens du CPE. Ceux-ci pourront en effet en bénéficier, même si, l’autre défi du gouvernement sera, à travers son plan de réforme, de réduire un taux d’échec supérieur à 30%.

Curriculum élargi

La refonte du curriculum, la méthodologie et la formation du personnel enseignant seront, peut être ou en partie, la solution à ce problème. Le curriculum élargi avec des ‘Core’ et ‘Non-Core subjects’ en passant par l’introduction de l’évaluation continue représente pour de nombreux observateur un pas dans la bonne direction. Pour sa part, Heidi Coombs y croit. « Avec un bon curriculum, de nouveaux sujets et des profs mieux formés, sans compter les mesures d’accompagnement, je pense que le plan devrait permettre aux enfants de ramener de meilleurs résultats. En tout cas, j’y crois », confie-t-elle.

Le NYC est aussi source de préoccupation. Les questions ne manquent pas. Mais deux interrogations en particuliers reviennent sur les lèvres : les leçons particulières et la compétition. Bien que la ministre de l’Education ait commenté ces deux points, il n’en demeure pas moins vrai le débat ne pourrait qu’être tronqué à ce stade.

Heidi Coombs nous dira, elle, avec lucidité que « si on arrive à épargner nos enfants de leçons particulières avant 12-13 ans, ce sera une bonne chose. Quant à la compétition, si elle existe à 14, 15 ou 16 ans, mais pas à partir de 8 ans, cela fera une grande différence dans le développement de l’enfant. »

Elle fera plus loin remarquer sur un ton philosophique que « après tout nous avons besoin de compétition, car ne sommes-nous pas confrontés à la compétition tout le long de notre vie ? »

Quoi qu’il en soit, la machine est déjà en marche et que l’on veuille ou non, c’est un sujet d’intérêt national, un projet qui mérite qu’on lui accorde toute sa chance d’atteindre ses objectifs.