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Jour-J ‘Rangoon’

Jour-J ‘Rangoon’

Maqbool, Omkara, Kaminey, Haider, mais aussi 7 Khoon Maaf, Matru Ki Bijlee Ka Mandola ou encore Blue Umbrella…la carrière filmographique de Vishal Bhardwaj relève de l’exploit. Du thriller violent à la comédie satirique en passant par le film pour enfants et l’adaptation Shakespearienne réactualisée et souvent politisée, l’homme a tout fait. Plus que cela ! En plus de s’être lancé tant de défis, il a survolé l’écrasante majorité de ces projets avec une maîtrise artistique inégalable, faisant de lui un des cinéastes les plus brillants du cinéma indien moderne, et à plus long terme du cinéma indien sur le plan historique. Et bien qu’il soit moins reconnu à l’étranger que des grands noms du cinéma artistique comme Anurag Kashyap voire même Sanjay Leela Bhansali sous un certain aspect, Bhardwaj n’a absolument pas à rougir face à la compétition. Et après avoir enchaîné classique sur classique au point d’aboutir à ce que beaucoup ont décrit comme le sommet artistique de son illustre carrière avec le très acclamé Haider, Bhardwaj est de retour dans un nouveau registre. Le cinéaste s’attaque frontalement à la romance cette fois-ci, en mettant en scène un triangle amoureux. Bien évidemment, le défi serait trop simple s’il n’ajoutait pas du contenu et de la profondeur. Ainsi, son Rangoon n’est pas un simple drame romantique, mais également un film guerrier avec pour contexte la Deuxième Guerre Mondiale, si peu traitée par le cinéma indien.

Pour reprendre les comparaisons de tout à l’heure, Rangoon peut rejoindre les Bajirao Mastani et Bombay Velvet dans le sens où il s’agit d’un projet de rêve que le cinéaste traînait depuis de très nombreuses années. D’après le critique et analyste de cinéma réputé Raja Sen, le projet Rangoon est né il y a plus de 10 ans dans l’esprit de Vishal Bhardwaj. Le film devait essentiellement se concentrer sur le personnage de Julia, une sorte d’héroïne de cinéma fantasmée, que l’on aurait suivi en pleine Guerre. Le cinéaste visait même l’international puisqu’il songeait à offrir le rôle à Uma Thurman. Rien que ça ! Le temps passant, le scénario a été modifié à de nombreuses reprises, pour devenir un mélange ambitieux de romance, de drame et de film de guerre. Côté casting, l’immense Kangana Ranaut débarque dans l’univers de Bhardwaj, rejoignant deux acteurs ayant déjà collaboré dans des œuvres majeures du cinéaste (si tant est qu’il y ait des œuvres de Bhardwaj n’étant pas “majeures”) : Shahid Kapoor et Saif Ali Khan. Un casting talentueux, un immense projet démesuré à gros budget, un cinéaste venant de toucher ses sommets de création, un projet rêvé depuis plus de 10 ans… Dur de trouver le moindre défaut à Rangoon.

Si ce n’est… Comme à son habitude, Bhardwaj ne fait pas dans le grand public. Et bien qu’il ait présenté Rangoon comme le plus “commercial” de sa carrière, force est d’avouer que le grand public est loin d’être convaincu par les différentes promotions présentées. Vishal Bhardwaj n’a jamais été un maître du box-office et ne fait pas dans le blockbuster. Le problème étant que Rangoon dispose d’un budget de blockbuster et que l’ambition de faire un film de guerre de niveau international a un coût élevé. Techniquement, Rangoon est dans l’obligation de devenir le plus gros succès historique de son cinéaste avec une bonne marge s’il veut ne serait-ce qu’être un average au box-office. Et en considérant la difficulté à créer du buzz et le désintérêt du grand public, les analystes du box-office prévoient malheureusement plus un nouveau Bombay Velvet qu’un record historique. A moins que les critiques et le bouche-à-oreille soient historiques et détournent toutes les attentes. Cependant, est-ce vraiment là l’essentiel ?

Bien évidemment, le box-office est un univers passionnant, fait de suspense, de surprises et de moments de bravoure. Cependant, ne serait-il pas temps de rappeler que le cinéma est un art avant d’être un marché ? Car si le sort commercial de Rangoon semble délicat, les amateurs de cinéma attendent comme le messie le retour d’un des artistes les plus brillants de ce siècle. Bombay Velvet a été un désastre historique, ce qui n’empêche pas une partie du public cinéphile de le considérer déjà comme un film culte qui sera cité comme une leçon de cinéma dans les années à venir. Au fond, qu’importe le sort commercial de Rangoon, ce qu’on espère avant tout c’est que Vishal Bhardwaj signe un nouveau sommet artistique, quelque chose qui surpasse tout ce qu’il nous a montré auparavant grâce au budget colossal dont il a disposé et grâce à son talent incroyable. Et les premiers retours de l’avant-première sont très encourageants. L’illustre Raja Sen accorde au film un 4/5, idem pour Taran Adarsh et pour Radio Mirchi. Le critique Umair Sandhu lui accorde 3,5/5 en le décrivant comme un classique moderne. Chez les célébrités, Rangoon a déjà été salué par Anand L Rai, Vivek Oberoi, Randeep Hooda, Apurva Asrani, Jacqueline Fernandez, Suniel Shetty, Kriti Sanon et bien d’autres. Un enthousiasme débordant qui n’est pas sans rappeler l’avant-première presse de Bombay Velvet. Et si Rangoon se place dans les pas de ce dernier en terme de grandeur artistique, alors un amoureux de grand cinéma ne peut que signer tout de suite !