Actu de l'ile Maurice
Edito

Corruption : Je t’aime moi « non plus » !

Corruption : Je t’aime moi, « non plus » !

Voir débarquer une équipe de l’ICAC dans les locaux de l’ICTA, cela ne fait pas beau à voir. Surtout quand il s’agit de l’ICAC, à qui on l’associe immédiatement à la corruption. Dans ce cas précis, on constate qu’on pointe du doigt un membre placé dans la plus haute instance de l’organisation. Mais est-ce que nos chers citoyens lambdas se sentent-ils concernés par ce qui s’est passé, surtout quand on sait que la corruption ne date pas d’hier ?

La corruption ou l’obtention des avantages ont toujours fait partie de la vie publique et politique. En s’y attaquant en profondeur, on peut même dire que cela ressemble à la suppression d’un des leviers de notre vie quotidienne, tant pour le corrompu que pour le corrupteur. Les plus grands faits ou scandales historiques sont liés à la corruption. Parce que l’homme est corrompu de nature. En allant contre son destin naturel, on créé des éléments de perturbation. Il est même écrit dans l’Évangile selon Saint Matthieu 15/19 : « Car c’est du cœur (de l’homme) que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les débauches, les vols, les faux témoignages, les calomnies… »

Pourquoi la corruption a-t-elle une image si répréhensible ? Est-elle vraiment si mauvaise, si néfaste ? Clairement non. Tout cela est l’héritage de notre modèle de société, dont les germes remontent depuis les premiers pas de la civilisation, de la colonisation de notre petite île et, peut être, de manière plus prononcée, depuis l’indépendance. Pendant une longue période, la corruption était devenue comme une respiration naturelle de l’appareil étatique. En d’autres termes, sans corruption, l’appareil se grippe, les décisions ne se prennent plus ou tardent à venir. Et les rouages de cet appareil perdent même l’espérance d’une évolution que seul ce « mal » pourrait lui apporter.

Dans l’état actuel des choses, il est dommage de constater que la tendance va dans un sens « étonnamment » inverse. Plutôt que de condamner des gens qui font leur travail, qui corrompent de manière exemplaire, le peuple lambda préfère encourager certaines attitudes, certaines pratiques. Ce peuple croit que la corruption, si elle est savamment contrôlée et organisée, peut coexister dans la gestion de notre République. Comme nous sommes un pays, un peuple qui se nourrit en permanence de ce qui se fait ailleurs, certains continus, hélas, à croire que c’est un élément indispensable à la vie économique. Prenez l’exemple de nos amis et frères du continent africain, ou tout simplement l’exemple d’un certain Robert Mugabe, qui, grâce à un appareil totalement corrompu, a permis à son pays d’être cité en exemple tous les jours.

Ce que nous voyons chez nous n’est, comme dirait l’Anglais, que le « tip of the iceberg ». Le phénomène donne l’impression qu’il a reculé, mais il reste ou est toujours perçu comme un système annexe. Un système qui permet au système de fonctionner. Quand un citoyen donne un billet pour s’épargner une sanction ou pour accélérer une démarche administrative, il achète un service comme il achèterait une pomme au marché. Dans sa tête, il n’est pas dans l’interdit ou dans l’illégalité. Je ne dirai pas qu’il n’y a pas eu d’amélioration. Et il serait certes utopique de penser que ce mal peut être éradiqué à jamais. Mais, il est tout aussi possible de sortir de la norme, asseoir un état et une administration au service du citoyen pour redonner au service public tout son sens et une image propre et crédible. Pour ce faire, il faudrait d’abord tuer l’économie de rente et tout recommencer à la base, à travers l’éducation de nos enfants à l’école comme dans la structure familiale.

On en reparlera dans 20 ou 30 ans. D’ici là, bonne corruption…