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L’île Maurice tente de redorer son image financière à Genève

L’île Maurice tente de redorer son image financière à Genève

L’île Maurice se profile comme la nouvelle plaque tournante des capitaux internationaux à destination de l’Afrique. Les activités financières se sont développées et représentent désormais 12% du produit national brut.

«Nous nous serions bien passés de cette affaire pour consacrer plus d’énergie au développement de notre industrie financière», a déclaré Rama Sithanen. Membre d’une mission venue à Genève dans le but d’attirer des investisseurs suisses en marge du Africa CEO Forum, le politicien et homme d’affaires se réfère à un scandale qui fait les gros titres de la presse mauricienne depuis plusieurs semaines.

En ligne de mire: l’homme d’affaires angolais Alvaro Sobrinho, ayant fait l’objet de plusieurs enquêtes après la découverte d’un trou de 4,5 milliards de francs dans la défunte Banco Espirito Santo et qui s’est présenté aux autorités mauriciennes comme un philanthrope intéressé à promouvoir les sciences en Afrique. Contre toute attente, ce dernier se serait vu octroyer en décembre dernier une licence bancaire à Maurice, en violation des règles en vigueur dans l’île.

«Nous sommes choqués que le personnage en question ait bénéficié de faveurs alors que certains doivent attendre jusqu’à trois mois pour obtenir une autorisation, accuse un investisseur suisse qui a pignon sur rue à Port-Louis, la capitale mauricienne. On peut craindre que les investisseurs étrangers se lassent de ces interférences politiques qui salissent la réputation de l’île.» Et de faire remarquer que le pays régresse dans la lutte contre la corruption. Dans le classement de Transparency International des pays les plus propres, il est passé de la 45e place en 2015 à la 50e place l’an dernier.

Paradis fiscal reconverti

Toutefois, ce dernier scandale ne saurait cacher la métamorphose de la place financière mauricienne. «Nous avons abandonné notre stratégie purement off shore des années 1990, pour accomplir une véritable révolution copernicienne au début des années 2000», résume Harvesh Seegolam, responsable de l’Agence mauricienne de promotion des activités financières, une entité fondée en 2015.

Et Nabil-Jean Sab, cheville ouvrière de la Compagnie privée de conseils et d’investissements à Genève, acquis aux vertus du «hub» mauricien, de préciser: «Ce pays a accompli sa transition d’un paradis fiscal à une plateforme financière de premier plan, répondant aux exigences réglementaires les plus pointues.»

«Selon le modèle helvétique»

«Cette île, qui se développe selon le modèle helvétique, présente une concentration extraordinaire d’acteurs financiers, avec notamment 967 fonds d’investissement, 450 structures de capital-risque et 23 banques internationales, pour environ 1,3 million d’habitants, a poursuivi Nabil-Jean Sab. Ces derniers, j’ai pu l’observer empiriquement, apprennent vite et bien. Ils comprennent et assimilent l’esprit bancaire suisse.»

Les activités de gestion dans ce territoire ont connu ces quinze dernières années une croissance fulgurante. A tel point que l’écosystème financier est à présent devenu le deuxième plus important pourvoyeur de richesses, après le secteur manufacturier. Il génère 15 000 emplois directs, pour près du double de manière indirecte, et représente actuellement 12,2% du produit intérieur brut mauricien, avec pour objectif d’atteindre les 15% en 2020.

Une tête de pont vers l’Afrique

«En tant que premier centre financier de la région, Maurice abrite pour l’heure 45 acteurs suisses sur son sol. Mais, directement, encore aucune banque helvétique, si ce n’est UBS et Credit Suisse via des fiduciaires. J’invite les Suisses intéressés à investir en Afrique à nous rejoindre, car nous disposons de 21 conventions fiscales avec le continent voisin – traités pour éviter la double imposition –, alors que Berne n’en a signé que sept», souligne Harvesh Seegolam, qui doit se rendre à Zurich ce vendredi pour tenter de séduire les établissements financiers d’outre-Sarine.

En sa qualité de pont naturel pour les capitaux transitant de l’Asie vers l’Afrique, notamment, l’île Maurice est également le principal investisseur direct en Inde, devant Singapour. Un héritage de sa période de centre off shore, justifie le responsable de la promotion mauricienne.

Selon le Wealth Report 2017 publié il y a deux semaines par les spécialistes de l’immobilier de luxe Naef Prestige et Frank Night, la croissance des super-riches, soit des personnes dotées d’une fortune personnelle supérieure à 30 millions de francs, est appelée à se hisser de 37%, à plus de 3000 individus en 2026. La progression est supérieure aux taux prévus et jusqu’ici observés en Europe et aux Etats-Unis. Avec un pic attendu à Maurice de 130% au cours de la prochaine décennie, en raison du développement fulgurant de la place financière du pays, l’île étant déjà considérée comme un eldorado pour les super-riches de ce monde cherchant un environnement stable et fiscalement attrayant pour y couler leur retraite.