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Opinion – Financement des partis politiques : une loi s’avère plus que jamais nécessaire

Opinion – Financement des partis politiques : une loi s’avère plus que jamais nécessaire

Le financement des partis politiques constitue un enjeu national qui, à maintes reprises, était au cœur des débats des partis politiques ou à l’avant-plan de l’actualité, surtout à l’approche d’une joute électorale ( élections générales, élection partielle…) D’ores et déjà, cette question revient sur le tapis à l’éclatement d’un scandale politico-financier. Il faut dire que la question de financement des partis demeure un sujet tabou dans la haute sphère politique.

Répondant à une question parlementaire du député Rajesh Bhagwan, également président du MMM, au Parlement, ce mardi 3 avril, par rapport au Financing of Political Parties Bill, le Premier ministre Pravind Jugnauth a donné le ton : « Je ne ferai pas de fausses promesses comme l’ancien régime.» Dans sa réponse, il a affirmé qu’un comité ministériel a déjà soumis ses recommandations au bureau de l’Attorney General.

Soulignant qu’en treize occasions, le comité ministériel s’est réuni pour discuter du ‘Term of reference’ du projet de loi, Pravind Jugnauth a annoncé qu’une nouvelle réunion de cette instance devait avoir lieu le lendemain 4 avril pour en discuter d’avantage. Tout en souhaitant que ce projet de loi soit fin prêt avant la fin de l’année, il dit reconnaître que cela prendra un peu de temps,  d’autant plus qu’un tel projet nécessite «  le consentement de toutes les parties concernées, notamment les parlementaires de l’opposition .»

Répliquant Arvin Boolell qui exprimait son scepticisme quant à la volonté politique du gouvernement MSM/ML pour faire voter et promulguer un tel projet de loi, le Premier ministre a fustigé le député rouge: «Qu’a fait le gouvernement travailliste, dont Arvin Boolell faisait partie de 2005 à 2014, pour concrétiser le Financing of Political Parties Bill ?»  Selon lui, l’ancien régime travailliste n’a fait que de fausses promesses concernant ce projet de loi. : « Time will tell if we will succeed, but just be patient ! It’s a complex situation, but the political willingness is here. We are working on it to make it happen »,  conclut Pravind Jugnauth.

De par cette prise de position, il est explicite que Pravind Jugnauth semble avoir la volonté de faire voter ce projet de loi à l’Assemblée nationale dans les meilleurs delais, soit avant l’échéance des prochaines élections générales.

Il faut dire qu’une législation régissant le financement des partis politiques s’avère plus que jamais nécessaire. Cela dans la perspective d’une politique de transparence et de la bonne gouvernance, car trop souvent dans le passé, le pays et l’ensemble de la classe politique ont été éclaboussés par certains scandales politico-financiers.

Outre le scandale MCB-NPF portant sur le détournement de fonds se chiffrant à plus de Rs 800 millions, sur lequel est venu se greffer un autre scandale : la découverte d’une caisse noire chez Air Mauritius, sous la férule du tandem Harry Tirvengadum et Gérard Tyack, à la fin des années 90, il est un secret de polichinelle que de grosses entreprises et de firmes privées tiennent parallèlement à leurs comptes officiels et audités, de caisses noires desquelles elles puisent des fonds pour assurer le financement des partis politiques. Ces scandales qui avaient occupé l’actualité à Maurice pendant de longues périodes, éclaboussèrent la classe politique.

Deux affaires les plus récentes : d’une part, le fameux coffre-fort de Rs 220 millions de l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam et leader du Ptr, saisi par les autorités policières lors d’une fouille à sa résidence à Riverwalk, peu de temps après les élections générales de décembre 2014. De l’autre, les allégations faites à l’encontre de l’avocat Raouf Gulbul, alors président de la Gambling Regulatory Authority (GRA), et président de la Law Reform Commission, lors de la Commission d’enquête sur la drogue, à l’effet qu’il aurait bénéfié d’une somme de plus de Rs 10 millions d’un baron de la drogue qui purge actuellement une peine d’emprisonnement de 30 ans, pour financer sa campagne électorale dans la circonscription No 2. Ces faits troublants témoignent de l’ampleur du problème.

Dans une perspective de contrer de tels problèmes et d’éviter d’être à la risée de certains gros bonnets aux tendances mafieuses, une éventuelle loi sur le financement des partis politiques doit impérativement contenir des garde-fous bien établis. Du haut de ses 50 ans de l’Indépendance et 26 ans de son accession au statut de République, Maurice doit être régie par une loi solide sur le financement des partis politiques, cela à l’instar de grandes démocraties, la France, les Etats-Unis, la Grande Bretagne, entre autres.