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Alimentation : Pouvons-nous atteindre l’autosuffisance en pomme de terre ?

Alimentation : Pouvons-nous atteindre l’autosuffisance en pomme de terre ?

Mahen Seeruttun, ministre de l’Agro-industrie, dit souhaiter atteindre l’autosuffisance en matière de pomme de terre. Il exprime la nécessité de diminuer notre dépendance en importation et augmenter notre production. Toutefois, pour y arriver, il faut en toute évidence revoir quelques éléments.

Faraad Jugon, planteur de pommes de terre, se dit confiant en une éventuelle autosuffisance. Néanmoins, il mentionne deux éléments clés qui sont essentiels pour atteindre cet objectif. Il est d’avis qu’il faut que les planteurs bénéficient de plus de terrains pour la culture de pomme de terre. Par ailleurs, Faraad affirme qu’une bonne semence est primordiale pour une bonne récolte. Il poursuit en expliquant que la meilleure période pour la plantation reste de juillet à fin août. « La sezon bon. »

Kreepalloo Sunghoon, secrétaire de la Small Planters’ Association nous explique que la plantation de pomme de terre se fait à deux reprises. Une première est faite vers la fin du mois d’avril et au début du mois de mai. L’autre se fait vers août. Cependant, pour atteindre l’autosuffisance en pomme de terre, il est d’avis qu’il faut instaurer divers objectifs et adopter des stratégies.

Il souligne que la production annuelle de pomme de terre tourne autour de 12 000 tonnes. La consommation est de 24 000 tonnes, ce qui est équivalent à quelque 2000 tonnes mensuellement. Il poursuit en affirmant que Maurice importe également une bonne partie de ce féculent. Kreepalloo Sunghoon soutient que pour arriver à l’autosuffisance, il ne faudrait pas uniquement un peu plus de plantations mais également davantage de moyens de stockage.

En matière de stockage, l’Agricultural Marketing Board (AMB) s’approvisionne d’environ 3000 tonnes de pomme de terre, et les revendeurs autour de 2000 tonnes. A noter que la provision totale tourne autour de 5000 tonnes annuellement.

Le secrétaire de la Small Planters’ Association donne un simple exemple. « Si nous produisons 12 000 tonnes de pomme de terre et nous consommons 4 tonnes, il faut une provision de 8 tonnes. » Selon lui, il n’y a pas suffisamment d’espace pour le stockage.

Il est d’avis que même si nous cultivions 24 000 tonnes de pomme de terre, il n’y aura pas d’espace pour les conserver. « Il faudrait augmenter le stockage, » lance-t-il. Kreepalloo Sunghoon ajoute aussi qu’on ne peut garder les pommes de terre dans un hangar ou dans un lieu où la température est ambiante. « Pomdeter pu gate. » Selon, lui il faut un entrepôt qui sera idéal pour le stockage.

Il estime qu’il faut donner à la pomme de terre sa valeur ajoutée. Il parle ici de la transformation de la pomme de terre, en chips entre autres. « On peut aussi songer à exporter ces produits dans les îles voisins. » Il est d’avis qu’il faut développer des stratégies et trouver une façon pour conserver les pommes de terre plus longtemps.

Kreepalloo Sunghoon parle aussi du problème de la terre. « Bann plantasyon pomdeter fer lor tablisman, lor state land, pena asse later, » lance-t-il. Il pense qu’il faut mettre à la dispositions des planteurs, des terrains pour qu’ils puissent cultiver des pommes de terre. De plus, il ajoute qu’il y a le problème de semences et d’eau. « Simplement parler ne mènera à rien, » pense-t-il. Pour lui, il faut veiller à ce que les stratégies mises en place avancent.

Par ailleurs, Kreepalloo Sunghoon nous explique que la récolte de pomme de terre se fait en même temps dans toutes les plantations. « Ena tro buku. » De ce fait, une bonne partie va à la vente à l’encan. « Lerla planter perdi larzan. »

De son côté, Eric Mangar, directeur du Mouvement pour l’Autosuffisance Alimentaire (MAA) fait savoir que tout est possible en termes de production. « Il faut toutefois les bonnes semences, » soutient-il. Il soutient que de nos jours, on a recours à l’importation des semences, alors qu’auparavant, le Mauritius Sugarcane Industry Research Institute (MSIRI) préparait ces différents produits localement. A présent, ils sont importés de divers pays tels l’Australie, les Pays-Bas à travers l’AMB.

Selon le directeur du MAA, l’autosuffisance dépendra de la qualité de semence. Il rappelle que dans les années 80, le pays avait atteint un certain niveau d’autosuffisance en matière de pomme de terre. Il avance que les raisons derrières, étaient principalement la diversification agricole et des sources de revenus à travers des activités telles que l’élevage du bétail entre autres.

De plus, le MSIRI entreprenait aussi des recherches sur la pomme de terre ou le haricot. « De nos jours, il n’y a plus de recherches et les défis pour entreprendre les recherches sont au plus bas, » déplore-t-il.

Il ajoute également que le gouvernement se penche davantage sur l’agriculture biologique, soit sans l’utilisation de produits chimiques. « Quelle sera l’approche du gouvernement entre cette politique d’agriculture biologique et la production de pomme de terre ? » se demande-t-il. « Cela prendra du temps, » nous confie-t-il.

Eric Mangar cite également le problème de terrain pour la culture de pomme de terre. « Il faut savoir s’il y en a assez. » Les choses deviennent difficiles surtout avec la conversion des terrains en smart cities.

Il parle en même temps de l’autosuffisance en termes de calories. Pour lui, il faut voir cette perspective, et en même temps, Maurice pourra réduire l’importation de riz ou de farine. Nous devons atteindre entre 2700-2800 kilocalories chaque jour par habitant.

Le directeur du MAA évoque aussi les problèmes de maladies qui affectent les cultures. « La terre est polluée de produits chimiques. »