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Pas tousse nou kiltir please !

Sunil Gohin

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photo : shutterstock

Pas tousse nou kiltir please !

Le développement touristique à Maurice a certes eu un impact positif au niveau de créations d’emplois, mais il faut être hypocrite pour ne pas accepter que cette industrie n’est que le reflet de la hiérarchie économique qui continue à prévaloir dans le secteur sucrier. Ce sont les mêmes groupes et les mêmes têtes qui contrôlent ces deux secteurs. Ces “Princes” de l’économie mauricienne ont bénéficié des faveurs et continuent à en bénéficier puisque l’État, conscient de cette grande influence qu’ils ont sur les finances, cède à leurs caprices, à leurs demandes pour des exemptions fiscales, leur défile le tapis rouge pour des négociations, etc. 

Mais le succès de l’industrie touristique, on le doit surtout à cet accueil chaleureux que les employés réservent à ses hôtes. Ce sont ces employés accueillants qui vendent cette image d’un pays qui vit en parfaite harmonie malgré sa diversité culturelle et religieuse. De génération en génération, les familles mauriciennes ont su inculquer ce principe élémentaire, qui fait notre force.

À Maurice, chaque individu a appris très tôt à respecter son prochain, sa pratique et ses croyances religieuses. Ce peuple-là respecte les touristes sur nos plages, même si les hôtels, construits sur des terrains à baux et qui sont des véritables ghettos modernes, accaparent nos meilleurs sables. Ce bref rappel du passé était important pour amener un réveil de conscience après le mauvais réflexe de quelques têtes de la Residence Hotel d’interdire à ses employés de porter le ‘Tika’. 

On ne va pas tous les mettre dans le même panier, mais il y a encore certaines personnes qui n’ont pas perdu les vieux réflexes, un peu comme ces “côlons” d’une ère révolue. Ces gens-là, faute à une bonne éducation ou peut-être d’une méconnaissance des droits que réservent notre Constitution aux citoyens et la charte des Nations Unies, n’ont pu contenir leurs pulsions épidermiques, quid à blesser des employés mauriciens dans leur dignité humaine. Cela de par leurs agissements et leurs règlements rétrogrades.  

Ceux-ci n’ont pas leur place dans une société moderne et multiculturelle comme la nôtre. Récemment, le Vice-premier ministre de l’État mauricien, qui a osé dire des choses, condamnables à plus d’un titre sur une communauté, a du “leve paké aller”. La prise de position de ces ‘Princes’ de la Résidence Hotel mérite elle aussi une sanction similaire…en attendant que la Cour tranche sur l’aspect juridique.

En attendant de savoir quels sont les raisons qui ont pu pousser les responsables de cet hôtel à aller dans ce sens, à nos yeux et en vertu de nos lois et de nos quotidiens, cette décision n’a aucune logique justifiable et motif valable, car elle est imposée que par “un” de ces nombreux hôtels de luxe à Maurice qui ont vu le jour au début des années 70. Pourquoi ce qui est acceptable dans d’autres établissements hôteliers ne l’est pas pour The Residence Hotel? Voilà la question qui doit nous interpeller. 

Soucieux de préserver cette harmonie sociale très sensible, le ministère du Travail, des Relations industrielles, de l’Emploi et de la Formation, averti par les employés de l’hôtel, est, à juste titre, intervenu non sans avoir cherché l’avis du Parquet. 

Mais les responsables de la Résidence Hotel, comme des “Princes gâtés”, n’ont nullement l’intention de céder quitte, à aller à l’affrontement. Leurs ego sont forts! Ils sont à nos yeux des petits “Donald” de la République de Maurice, influencée probablement par l’effet Trump. Ils jouent donc avec le feu. “Face à ce refus, le ministère a entamé des procédures légales pour poursuivre l’employeur au criminel pour non-respect de l’article 4 de l’Employment Rights Act qui protège un employé contre toute forme de discrimination au travail”, peut-on lire dans un communiqué émis par le ministère de Travail, des Relations industrielles, de l’Emploi et de la Formation. 

1968-2018. Maurice vient de célébrer ses 50 ans d’indépendance et nous aurions bien aimé à n’avoir pas eu à traiter des sujets de ce type. Dans un autre pays, des décisions aussi insultantes et barbares  auraient amené une révolte populaire, mais force est de constater que notre population, toutes religions confondues, est assez mûre pour laisser à nos institutions le droit de juger et de sanctionner.

Cette position de la direction de The Residence Hotel est une violation claire et nette des clauses de la Charte des Nations unies. Celle-ci est fondée sur les principes de la dignité et de l’égalité de tous les êtres humains et “tend, entre autres objectifs fondamentaux, à réaliser la coopération internationale en développant et en encourageant le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion.” Il est aussi écrit qu’une “discrimination entre les êtres humains pour les motifs de race, de couleur ou d’origine ethnique est une offense de la dignité humaine et doit être condamnée comme un désaveu des principes de la Charte des Nations unies, comme une violation des droits de l’homme et des libertés fondamentales proclamés par la Déclaration universelle des droits de l’homme, comme un obstacle aux relations amicales et pacifiques entre les nations et comme un fait susceptible de troubler la paix et la sécurité entre les peuples.”

Ce règlement interne, émis par la direction de The Residence Hotel, est une mesure discriminatoire envers les femmes hindoues, ni plus ni moins. Interdire aux femmes de porter le “tika” est une violation de l’Article 11 de notre constitution qui se lit comme suit:

Protection of freedom of conscience (1) Except with his own consent, no person shall be hindered in the enjoyment of his freedom of conscience, and for the purposes of this section, that freedom includes freedom of thought and of religion, freedom to change his religion or belief, and freedom, either alone or in community with others and both in public and in private, to manifest and propagate his religion or belief in worship, teaching, practice and observance.

5. (b) for the purpose of protecting the rights and freedom of other persons, including the right to observe and practise any religion or belief without the unsolicited intervention of persons professing any other religion or belief, except so far as that provision or, as the case may be, the thing done under its authority is shown not to be reasonably justifiable in a democratic society.

Probablement, ces Princes ont voulu frapper un grand coup après qu’en novembre 2017, la Cour de cassation a validé la possibilité pour les entreprises d’interdire les signes religieux des salariés, un avis qui suit les recommandations européennes. Auparavant, la Cour de justice de l’Union européenne avait conclu que les entreprises avaient la possibilité d’interdire les signes religieux sur le lieu de travail, dès que cette interdiction est mentionnée dans le règlement intérieur ou par note de service, et “objectivement justifiée par un objectif légitime”. Toutefois, selon les légistes internationaux, l’employeur ne peut pas tomber dans la discrimination qualifiée de “directe” en termes juridiques. Il doit respecter un principe de neutralité générale avec des interdictions générales sans DISTINCTION! 

Mais ce combat est similaire aujourd’hui à Samantha Elauf, une musulmane qu’Abercrombie & Fitch avait refusé d’embaucher comme vendeuse sous le prétexte qu’elle portait le voile islamique. Un combat légendaire gagné devant la Cour américaine en 2015 par cette musulmane qui doit tous nous inspirer.

Un jugement qui démontre ainsi que le respect de la dignité humaine passe avant des restrictions à la liberté religieuse. “Observance of my faith should not have prevented me from getting a job. I am glad that I stood up for my rights and happy that the EEOC(*Equal Employment Opportunity Commission) was there for me”, avait écrit Samantha Elauf après le verdict en sa faveur. Aux Etats-Unis, la loi “requires an employer or other covered entity to reasonably accommodate an employee’s religious beliefs or practices, unless doing so would cause more than a minimal burden on the operations of the employer’s business. This means an employer may be required to make reasonable adjustments to the work environment that will allow an employee to practise his or her religion.”

Maurice a ses spécificités propres. Notre peuple n’est pas prêt d’entrer dans une ère d’esclavagisme moderne où nos femmes et, demain nos enfants, auront à subir les pires humiliations venant des Princes de l’économie mauricienne! Au cas contraire, on finira par détruire cette île Maurice que nos ancêtres, et nous maintenant, ont contribué et contribuons à bâtir. 

Au final, ce sera à la Cour mauricienne de trancher sur la liberté individuelle du salarié mauricien, dans ce qui sera un jugement très important et attendu par nous tous! 

En attendant, on ne peut que saluer le courage de ces employés de la The Residence Hotel d’avoir décidé de ne pas se plier au ‘diktat’ de leurs supérieurs.  

Ces hommes et femmes doivent être conduits au statut d’héros, au même titre que nos illustres ainés qui ont donné leur vie pour bâtir ce pays aux multiples cultures, qui s’entrecroisent et se mélangent en totale harmonie avec d’autres croyances.    

Ce ne sera pas une bande de riches-gamins-sans-éducation qui nous fera changer notre culture. Pas tousse nou kiltir please !

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