Actu de l'ile Maurice
Sport International

Coupe du Monde : Pourquoi l’Angleterre ne gagne rien ?

Coupe du Monde : Pourquoi l’Angleterre ne gagne rien ?

Avec un seul titre en 52 ans et malgré un championnat très compétitif, la sélection des “Trois Lions” enchaîne les échecs dans les grands tournois. Cette fois, avec les nouveaux joueurs sélectionnés la sélection reste toujours friable.

Lorsque le Prince Henry épousa Aliénor d’Aquitaine, il endossa également le lion du blason d’Aquitaine et l’ajouta aux deux autres figurant sur l’armoirie de sa propre famille, Ducs de Normandie. L’alliance donna à Henry le pouvoir de prétendre au trône en tant que premier membre de la famille de Plantagenêt. Mais c’est lors du départ de son fils, Richard Cœur de Lion, lors des Croisades, avec une bannière portant trois lions que l’identité de l’Angleterre fut scellée. Cet emblème figure sur le maillot de l’équipe nationale de football depuis son tout premier match officiel, contre l’Ecosse en 1872.

Néanmoins, il y a bien longtemps que ces “Trois Lions” n’ont pas rugi. En 52 ans, soit depuis son seul et unique titre – la Coupe du monde 1966, remportée sur son sol -, la sélection n’a rien gagné et n’a jamais fait mieux que demi-finaliste à l’Euro (en 1968 et en 1996, tournoi qu’elle organisa, là aussi). Pis, depuis dix ans, elle enchaîne les désillusions qui attisent autant de critiques qu’elles ne suscitent d’espoirs avant chaque début de compétition.

Pas qualifiée pour l’Euro 2008, elle est éliminée dès les huitièmes au Mondial 2010, en quarts à l’Euro 2012, dès les poules au Brésil en 2014 et reste sur une humiliation sans précédent face à l’Islande à l’Euro 2016. Des échecs répétés qui ont fait de l’Angleterre une nation de seconde zone, loin derrière l’Espagne, l’Allemagne, l’Italie et la France. Le Portugal (2016), la Grèce (2014), le Danemark (1992), les Pays-Bas (1988), l’ancienne Tchécoslovaquie (1976) et l’ex-Union Soviétique (1960) ont même fait mieux qu’elle.

Mais alors pourquoi l’Angleterre ne gagne rien ? Pourquoi n’arrive-t-elle pas à se hisser au niveau des nations des autres “grands” championnats (Allemagne, Espagne, France, Italie) ? A qui la faute ? L’absence de grands entraîneurs anglais ? Le manque de talent chez les joueurs ? On entend déjà certains : “parce que sa Premier League est surcotée”. Les raisons sont multiples. Et  effectivement, son championnat ne peut être épargné.

L’absence de coupure hivernale qui pèse, également, sur les clubs en coupe d’Europe, est déjà un argument de poids dans une saison à rallonge qui s’étire jusqu’au mois de juillet. Lors du dernier Euro, de nombreux joueurs anglais étaient cuits, notamment ceux qui ont lutté jusqu’au bout pour le titre, comme Harry Kane et Eric Dier de Tottenham ou Jamie Vardy de Leicester. Le premier a ainsi disputé 65 matches en 2015-2016, de l’Euro Espoirs en juin 2015 à l’Euro 2016 en juillet 2016, sans la moindre trêve. Imaginez les dégâts.

  1. De la rivalité à l’intérêt personnel des joueurs

Devant l’écrasante puissance de la Premier League, les clubs passent avant l’équipe nationale. Et ce n’est pas uniquement à cause de certains managers – Alex Ferguson en particulier qui ont longtemps encouragé leurs joueurs à bouder la sélection. Certains joueurs se sont longtemps servis de l’équipe nationale à des fins personnelles et lucratives pour négocier de meilleurs contrats en club. Paul Scholes et Michael Carrick  ont rendu leur tablier international très tôt, à l’âge de 29 ans pour le premier, 31 pour le second, dégoûtés. “Scholesy” expliqua plus tard qu’il en avait marre d’arriver dans une équipe, où “les individualités courent après la gloire”“Le plus gros problèmes des joueurs anglais ? Ils sont pour la plupart trop égoïstes“, avait-il conclu. Les rivalités n’ont pas non plus aidé la cause. Récemment, Gary Neville raconta comment, sous Ferguson, lui et les Mancuniens ont appris à haïr leurs rivaux de Liverpool, rendant presque impossible la cohésion au sein de la sélection. Un problème qu’on a également connu en équipe de France dans les années 90 entre les Marseillais et les Parisiens.

      2. Aucun  grand entraineur anglais 

C’est un problème. Sur les sept premières équipes de Premier League, il n’y a aucun entraîneur anglais ! Ils sont italiens, argentins, allemands, espagnols, portugais, français ou néerlandais. Les entraineurs historiques du football anglais ne sont pas anglais, mais écossais pour la plupart : Bill Shankly (Liverpool), Matt Busby (Manchester United) ou encore Alex Ferguson. Chez les Anglais ? Brian Clough, Bobby Robson. Après, c’est plus compliqué. Cela explique que les dirigeants de la Fédération anglais aient un peu pataugé à la tête de la sélection des Trois Lions (Eriksen, McClaren, Capello, Hodgson) jusqu’à l’épisode Allardyce.

       3. L’échec de la Golden Generation 

Et si le problème majeur de l’Angleterre était le manque de talent chez ses joueurs ?

Entre 2001 et 2010, l’équipe nationale s’appuyait sur la Golden Generation, et notamment lors de la Coupe du Monde 2002 (Seaman, Ferdinand, Campbell, Cole, Becham, Gerrard,  Scholes, Owen …). Mais la sélection a parfois été l’otage des stars, comme le pied de Beckham en 2002 ou la volonté d’aligner Gerrard, Scholes, Beckham et Lampard dans le même onze en 2004, puis en 2006 sans Scholes. Sans oublier l’épisode Terry-Ferdinand. Aujourd’hui, le constat est bien différent. C’est le manque d’expérience qui est pointé du doigt. Pourraient-t-ils faire mieux ? Rendez- vous le 14 Juin.

De plus, l’Angleterre compte quinze joueurs à moins de quinze sélections parmi Ashley Young, dont le retour à plus de 30 ans a surpris.

           4. Absence de synergie

En jetant un œil à la finale de l’Euro Espoirs 2009 qui opposa l’Allemagne à l’Angleterre (4-0), il est assez étonnant de noter le parcours radicalement opposé des joueurs qui ont débuté la rencontre dans chaque camp. Côté allemand,Neuer, Hummels, Boateng, Castro, Ozil évoluent tous dans des clubs majeurs comme au sein de la Mannschaft.

En en revanche, côté anglais que sont-ils devenus ? Personne ne figurait dans le groupe de Southgate au Mondial 2010 et 2014, Euro 2012 et 2016. Loach, son gardien, évolue en D5 anglaise (York City). Noble, son capitaine, portait et porte toujours les couleurs de West Ham. Richards et Onuoha se sont perdus à Manchester City, Cattermole etait toujours à Sunderland, Gibbs est encore la doublure de Monreal à Arsenal. Et, c’est bien là le problème, les jeunes peinent à trouver du temps de jeu et à s’installer dans les clubs du Top 6.

Echaudé par l’Euro 2016, la Fédération anglaise se veut désormais patiente. L’objectif est le Mondial 2022 au Qatar, et secrètement l’Euro 2020 qui verra Wembley accueillir les demi-finales et la finale, avec une génération actuelle – 20-26 ans aujourd’hui – qui aura la maturité nécessaire pour redorer le blason d’une nation en perdition. Afin que les “Trois Lions” rugissent à nouveau.

Avinash Dhondoo