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[Opinion] MMM : descente aux enfers !

[Opinion] MMM : descente aux enfers !

Un fait sans précédent s’est produit au MMM, samedi 19 mai. Une douzaine de membres et cadres influents du parti mauve, à l’instar de Steven Obeegadoo, Françoise Labelle, Moorgesh Veerabadren, Vinaye Sobrun, Dominique Soopramanien,  Sheila Babajee, signataires d’une lettre ouverte, adressée au leader des mauves pour un renvoi de l’élection du Comité Central (CC), prévue le 24 juin, à une date ultérieure, se sont retrouvés sur la touche.  Cela en avancant l’argumentation de revoir les branches de régionales du MMM en vue d’une joute électorale claire, démocratique et juste. Leur cri du cœur n’a pas été entendu par le leader du MMM, Paul Bérenger et encore moins par la direction du parti.

Si tout ce qu’a révélé Steven Obeegadoo, à sa conférence de presse, vendredi dernier, à l’effet que le scrutin du 24 juin équivaudrait à une épuration «pou taille latet bann ki pa partaz lopinion leader»  est grave. Très grave !  C’est catastrophique pour le MMM, un parti politique qui vante sur tous les toits de prôner la démocratie, l’équité,  la droiture, la défense de grands principes…

En fait, Steven Obeegadoo a soutenu que : (a)  des 57 membres du CC sortant, 26 ne se présenteront pas à nouveau comme candidats pour cause de diverses raisons : expulsion, suspension, congé forcé… ; (b) des 30 membres du Bureau Politique, 10 seraient pris sous le coup d’une expulsion ou d’une suspension. Du coup, 1/3 du BP mauve actuel ne serait pas concerné par l’élection du CC. C’est la descente aux enfers pour le MMM, a déploré avec raison Steven Obeegadoo.

Il est un fait que Paul Bérenger était, est et sera  toujours celui qui est aux commandes des leviers de contrôle du MMM. En tant que dictateur invétéré, il n’écoute jamais la voix de la raison. Chez lui, c’est l’irrationnel qui prime sur le rationnel.

En revanche, à en croire, l’ancien ministre de l’Education et d’autres dirigeants mauves, Paul Bérenger aurait été enthousiaste par rapport aux propositions de Françoise Labelle pour une des branches du MMM et une relance de la liste électorale, dans un premier temps, mais il serait ravisé par la suite. Du coup, le 23 avril dernier, Paul Bérenger a proposé l’élection du CC pour le 29 juillet.

Entre-temps, Pradeep Jeeha, adjoint leader expulsé ayant donné avis d’appel, mais le leader du MMM a repoussé le scrutin du CC au 24 juin. De ce fait, il est soutenu que même si Jeeha remporte son appel, il n’aura pas le temps de réintégrer le CC mauve.

Aussi, il se chuchote que quand cela l’arrange, Paul Bérenger aime s’entourer des palabreurs et des cireurs de chaussures qui agiraient dans l’ombre dans la «cuisine» mauve. Ce n’est pour rien ou encore moins par coïncidence que Rajen Varden, un militant de la première heure et membre du CC, s’est vu expulser du MMM pour avoir osé évoquer une affaire de terrain de l’Etat octroyé à une dirigeante mauve, sous le règne du Ptr en 2014.

Il faut rappeler que le MMM depuis sa fondation en 1969 à ce jour s’est vidé de ses cadres et autres têtes pensantes à intervalles réguliers. Outre Jooneed Jeerooburkhan, les frères Seereekisson au début des années 70’, suivis de Dev Virahsawmy, Heeralall Bhugaloo, il y a eu la grande cassure de 1983, quand Anerood Jugnauth, Premier ministre de l’alliance MMM-PSM, issue des élections générales dse 60-0, s’en est allé avec un groupe d’amis, dont Kader Bhayat, Dharam Fokeer, Madun Dulloo pour former le Mouvement Socialiste Mauricien (MSM).

En 1993 : nouvelle scission au MMM avec le départ de Jean-Claude de l’Estrac, Prem Nababsingh, Noël Lee Cheong Lem, Jérôme Boulle, entre autres pour aller former le RMM. A cette époque des années de braises, Jean-Claude de l’Estrac, outré par les agissements et manigances de certains, parlait de monstre à trois têtes au sein du MMM.

En 2014, nouvelle cassure au sein du MMM : Ivan Collendavelloo s’opposant farouchement à l’alliance Ptr-MMM quitta le parti avec certains amis, dont Eddy Boissézon, pour aller former le Muvman Liberater. Après la débâcle de 2014, Alan Ganoo, en qui Paul Bérenger avait trouvé un bouc-émissaire, démissionna du MMM avec le député Jean-Claude Barbier pour aller former le Mouvement Patriotique.

Aujourd’hui en 2018, peut-on parler de monstre à combien de tête au sein du MMM ? Une chose est sûre : Paul Bérenger, qui ne s’est jamais remis de la défaite de décembre 2014 en alliance avec le Ptr, est devenu intolérant, intransigeant…plus que jamais. Chaque cadre qui ose donner d’interview de presse pour exprimer un avis différend est sanctionné. Steven Obeegadoo, Pradeep Jeeha et Françoise Labelle sont des exemples vivants. Pour exprimer sa colère bleue le leader des Mauves parle d’interview «infecte.»

En revanche, plusieurs questions subsistent : pourquoi Paul Bérenger n’écoute-t-il pas la voie de la raison ? Pourquoi n’a-t-il pas écouté les propositions de Françoise Labelle qui depuis janvier 2018 insiste sur la nécessité de revoir les branches des régionales ? Pour quelles raisons ne veut-il pas revoir ces branches, caractérisées par l’agonie, le laxisme… ?

D’ores et déjà, il est explicite qu’en marge de l’élection du CC du 24 juin,  sans la participation du groupe Obeegadoo, Paul Bérenger a procédé subtilement, à une épuration. Se passant de certaines têtes pensantes, il a les coudées franches de faciliter l’entrée en force de sa fille, Joanna et de Madun Dulloo au CC mauve sur une liste de 103 candidats et par extension au Bureau Politique.

Dans la perspective de la préparation de la liste de 60 candidats avec l’idée d’aller seul aux prochaines élections générales, Paul Bérenger peaufine-t-il une winning formula ? Dessine-t-il une nouvelle configuration politique ? Plus que jamais, le MMM fait une nouvelle fois face à son destin. Et tout laisse croire que celui-ci s’annonce sombre pour un parti qui emble avoir ‘past his best’.