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[Opinion] Violence domestique : la réhabilitation de l’agresseur, mythe ou réalité ?

[Opinion] Violence domestique : la réhabilitation de l’agresseur, mythe ou réalité ?

La violence domestique, qui constitue une violation des droits de l’homme, résultant à des conséquences graves sur de nombreux aspects de la vie des victimes, est en constante progression à Maurice. Les derniers cas recensés à travers le pays et les statistiques en sont la preuve. 3 250 cas relatifs aux infractions de la Domestic Violence Act, notamment à la violation des Protection Orders, ont été signalés à la police et 1 616 cas ont été rapportés aux six bureaux de soutien aux familles, du 1er décembre 2016 à novembre 2017. Ces chiffres ont été communiqués par Fazila Jeewa-Daurreeawoo, la ministre de l’Egalité des Genres d’alors au Parlememt en novembre 2017. Pour la même période, 382 personnes ont été condamnées et 60 personnes arrêtées.

Aujourd’hui, nous avons des cas qui dépassent les frontières. Le dernier en date est survenu en Angleterre. Christina Abbotts, d’origine mauricienne, a été retrouvée morte dans son lit, le 25 mai. Agée de 29 ans, domiciliée à Crawley, en Angleterre, la victime a été battue à mort dans son lit. C’est son père qui a fait la découverte macabre dans la soirée et un suspect, âgé de 49 ans a été arrêté.

Les mesures mises en œuvre par le gouvernement, plus particulièrement par le ministère de l’Egalité des Genres, pour renforcer la législation et rendre le Protection Order plus sévère, ne semblent pas apporter des résultats probants. Il est un fait que les auteurs de violence conjugale sont devenus davantage plus agressifs, voire plus brutaux. Ils agressent leurs victimes à mort.

Le Gender Caucus vient de publier les résultats d’une étude sur The Sociological Profiling of Perpetrators of Domestic Violence in Mauritius. L’objectif fixé est de procéder à une analyse sociologique des caractéristiques des auteurs de violence conjugale à Maurice. Il faut dire que l’idée pour mettre au point un programme de réhabilitation, destiné aux auteurs de violence domestique avait germé en 2017. Répondant à une Private Notice Question (PNQ), à l’Assemblée Nationale le 24 mai 2017, la ministre de l’Egalité des Genres avait annoncé qu’un «rehabilitation of perpetrators of domestic violence programme is being set up with a view to making perpetrators accountable for their actions and changing their behaviour for the safety of victims of domestic violence» Il faut rappeler que ce programme, faisait partie d’une série de mesures, découlant des recommandations de deux rapports visant à éradiquer la violence domestique et à soutenir les victimes.

Les mesures préconisées sont : (a) un plan d’action sur la violence entre partenaires intimes ; (b) un protocole visant à promouvoir la collaboration inter-institutions pour mieux gérer les cas de violence domestique ; (c) une campagne de sensibilisation intensive avec des panneaux publicitaires, des affiches, des «spots TV» et radio et (id) des consultations avec le commissaire de police pour renforcer les stratégies d’intervention et la collaboration avec la Police Family Protection Unit.

La question se pose : est-ce que ce programme de réhabilitation pour les auteurs de violence domestique, ainsi que les autres mesures énumérées ont-elles apporté des fruits pour renverser la tendance ? Quand est-ce que ce plan d’action sur la violence entre partenaires intimes sera-t-il mis en œuvre ? Il est soutenu que la violence domestique coûte Rs 2 milliards à l’Etat par an.

A la lumière de cette étude sociologique sur le profil des auteurs de la violence domestique à Maurice, les facteurs à risque et les déclics de la violence domestique de l’enfance jusqu’à l’âge adulte sont établis. D’emblée, il est mentionné qu’il n’y a aucune corrélation entre la violence conjugale et le fait d’avoir vécu au sein d’une famille violente.

En revanche, il y a plusieurs facteurs de risque et des déclics conjoncturels qui résultent à la violence domestique, indique le rapport. Manipulation, jalousie, portée émotionnelle et valeurs patriarcales sont les principales caractéristiques qui répondent au profil d’un auteur de violence domestique. Aussi, il est établi que le niveau d’éducation est un facteur de risque lié à la violence domestique, ainsi que le statut marital. Il est souligné que les couples qui vivent en concubinage sont plus à risques.

Les nouvelles mesures proposées pour contrer la violence domestiques sont fort louables. Outre des campagnes de sensibilisation intensives devant être menées en ciblant différents groupes de personnes, elles portent sur le renforcement de la Protection from Domestic Violence Act en vue de prévenir de nouvelles victimisation et de combler des lacunes, la mise en place d’un Research and Strategy Office et l’élaboration de Couple Communication (CC) skills-based training programmes.

Mais, gageons que le ministère de l’Egalité des Genres, les instances décisionnelles, les ONGs et autres organismes engagés dans la protection des victimes puissent assurer la mise en œuvre des mesures, ainsi que le suivi. Car, au moindre faux pas, on se retrouvera avec davantage de morts et de victimes sur les bras.