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[Opinion] Que la mort de Ruwaidha Ramjaun serve de leçon à notre République !

[Opinion] Que la mort de Ruwaidha Ramjaun serve de leçon à notre République !
La mort subite de la jeune Ruwaidha Ramjaun, âgé de 13 ans et enceinte de quatre mois, au début de la semaine dernière, a provoqué la consternation et un vif émoi  parmi la population. Ses parents adoptifs avaient consenti qu’elle se marie religieusement («nikah») avec Arbaar, un jeune de 19ans, domicilié à Goodlands.

[Opinion] Que la mort de Ruwaidha Ramjaun serve de leçon à notre République !

La mort subite de la jeune Ruwaidha Ramjaun, âgée de 13 ans et enceinte de quatre mois, au début de la semaine dernière, a provoqué la consternation et un vif émoi  parmi la population. Ses parents adoptifs avaient consenti qu’elle se marie religieusement («nikah») avec Arbaar, un jeune homme de 19ans, domicilié à Goodlands.

Le comble est que la défunte qui était encore elle-même une enfant, voire un bout de chou, était souvent victime de «violence conjugale» par son frivole de conjoint qui a un penchant pour la drogue. Cela d’autant plus qu’il a confié à un  quotidien : «Monn zis donn li de trwa kalott…»

Les choses allaient en rester là, sans que les autorités compétentes du pays, notamment la police, le ministère de l’Egalité, du Développement de l’Enfant et du Bien-être de la Famille, l’Ombudsperson for Children aient songé à réagir fermement ou encore à bouger leur petit doigt. Toutefois, un profond malaise qui était perceptible s’est répandu dans plusieurs sphères de la société. On sentait le feu qui couvait sous la cendre.

Force est de constater qu’il a fallu l’intervention et la volée de bois vert de Shakeel Mohamed, chef de file du Parti Travailliste, à l’Assemblée Nationale, infligée à qui de droit, pour que les choses bougent dans la bonne direction. Fort de ses convictions, le député de No 3 (Port Louis Martime/Port-Louis Est) faisant passer au second plan son intervention sur le Budget 2018-2019, s’est insurgé avec raison contre le silence des autorités et autres instances décisionnelles.

Par conséquent, Shakeel Mohamed a insisté pour que l’âge de mariage, religieux ou civil, soit fixé à 18 ans, indistinctement de la couleur, race, religion, des croyances religieuses et des traditions. Il a exhorté aux autorités de sévir contre les protagonistes et complices impliqués dans ce mariage religieux d’une mineure. Ainsi, il a martelé en disant tout haut ce que les autres pensent tout bas.

Du coup, tôt, samedi 23 juin, au matin, la police a procédé à l’arrestation du jeune conjoint, Arbaar… Comparu en cour de justice, une accusation provisoire «causing  a child under 16 to be sexually abused», est retenue contre lui. La police ayant refusé à sa remise en liberté conditionnelle, il était toujours en détention. Ce n’est lundi qu’il a pu être relâché sous caution.

Emboitant le pas, tardivement, à Shakeel Mohamed, le leader de l’Opposition, Xavier-Luc Duval est monté au créneau, lui-aussi, lors d’une conférence de presse, samedi dernier, pour réclamer que des amendements soient apportés au Civil Status Act pour fixer le mariage à l’âge de 18 ans, rendre illégale et rendre punissable le mariage aux mineurs.

Ce qui est anormal dans la République de Maurice, c’est qu’il y a trop de complaisance et de compromis, lorsqu’il s’agit de traiter certains sujets sensibles. Comme quoi, on  devrait avoir peur ou réfléchir deux fois avant de prendre une décision ou mettre en application une décision impopulaire, attention de blesser certaines susceptibilités.

La mort de Ruwaidha doit être un becking call  pour nous tous : citoyens, parlementaires, législateurs de ce pays, hommes religieux, ONGS, groupes socio-culturels, société civile… Toujours est-il que la question se pose : combien de filles, âgées de moins de 18, mariées religieusement, sont-elles réparties à travers le pays et dans des villages lointains ? Parmi, combien sont-elles devenues mamans ? Il est explicite que des parents et des hommes religieux en sont des complices de ces délits.

De ce fait, une enquête approfondie doit être instituée par la Child Development Unit, conjointement avec la police et l’Ombudsperson for Children pour débusquer ces cas illégaux de mariage religieux, impliquant de mineures et prendre des sanctions. Cela d’autant plus qu’un Children Bill est en préparation. A ce chapitre, on se demande à quoi cela sert-il d’avoir autant de lois et autres pièces de législation dans ce pays, si les enforcement agencies ne font rien pour les appliquer rigoureusement?

Plus jamais, au grand jamais, nous ne voulons entendre parler des cas identiques à la jeune défunte Ruwaidha, filles mineures, mariées religieusement, enceintes et qui meurent de maladie ou de violence. Maurice étant un pays laïque, ce sont des valeurs républicaines qui doivent primer. Que la mort de Ruwaidha serve de leçon à notre chère République.