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Interview – Dan Maraye sur le black money : « Les lois doivent s’adapter à l’évolution… »

Interview - Dan Maraye sur le black money : « Les lois doivent s’adapter à l’évolution... »
Dan Maraye estime que le blanchiment d'argent à trait à une véritable mafia.

Interview – Dan Maraye sur le black money : « Les lois doivent s’adapter à l’évolution… »

Dan Maraye, observateur et ancien Gouverneur de la Banque de Maurice livre ses impressions sur le phénomène de blanchiment d’argent. Il prône, notamment, davantage de transparence et se dit en faveur d’un changement des billets de banque, qui datent de 20 ans.

Est-ce que le phénomène de blanchiment d’argent, selon les éléments dont vous disposez, est courant à Maurice ?

Ceci est assez difficile à répondre dans la mesure où je n’ai pas toutes les données en ma possession. Mais, il y a définitivement beaucoup de tentatives. Malheureusement, il y a un manque de gens d’expérience, qualifiés et intègres au sein des autorités. Et il faut aussi souligner qu’il ne s’agit pas seulement d’un phénomène local, mais international, et sur une grande échelle. Nous parlons là d’une véritable mafia qui a beaucoup d’argent. Les corrupteurs pensent que tout peut s’acheter et que chaque personne a un prix. Heureusement que la majorité des gens à travers le monde est honnête.

Les législations existantes sont-elles, selon vous, efficaces ou il y a-t-il des changements qui doivent être apportés ?

Le monde évolue à une vitesse incroyable. Donc, les lois ne peuvent pas être statiques et doivent s’adapter à l’évolution des secteurs concernés. Par exemple, en ce qui concerne les dettes que les institutions financières ont ‘write off’. Il faudrait publier le noms de ceux concernés ainsi que le montant en jeu. SI c’est une compagnie qui est concerné, il faudrait que les nom des directeurs soient publiés, dans la mesure où ils ont une responsabilité fiduciaire. Il ne faut, aussi, pas oublier qu’il y a plusieurs étapes dans le cadre du blanchiment d’argent. Donc, la vigilance est de mise. Un cas est un cas de trop. Comme je l’ai dit, il faut des personnes intègres et d’une grande indépendance professionnelle et loin des politiciens. Il serait bon de revoir la façon dont nos nominations dans nos institutions clés sont faites. Dans tous les pays du monde, il y a de l’argent sale en circulation. Et il y a plusieurs moyens de blanchir cet argent. Un exemple. Un terrain est en vente à, par exemple, Rs 1 million. Une personne qui a du black money l’achète à Rs 10 millions. Le blanchisseur d’argent fait, par la suite un développement avec l’argent perçu, puis le revend. Nous avions vu cela se produire à Londres, par exemple. Nous avons aussi des systèmes de prête-noms. Ou encore l’utilisation du secteur du Global Business. Donc, nous devons être très prudents. C’est la réputation de tout un pays qui est en jeu. Et c’est l’élément clé de tout développement économique sain.

Quels sont les changements d’ordre institutionnels qui peuvent être apportés pour mettre un frein à ce phénomène ?

Il faudrait qu’il y ait, bien sûr, toute une volonté politique et ne pas se laisser influencer par des lobbies sectaires et sectoriels. Sur le plan international, nous voyons que les pays du Nord de l’Europe sont de bons exemples sur ce plan. Le secteur privé a aussi un grand rôle à jouer. Tous les acteurs concernés doivent regarder dans la même direction. N’oublions pas une chose, l’ennemi no. 1 de la corruption demeure la transparence.

Pensez-vous que revoir les billets de banque pourrait aider à atténuer ce phénomène ?

Les billets de banque actuels sont en circulation depuis 1998. La prudence dans le secteur bancaire veut que la qualité et le design des billets soient mis à jour sur une période ne dépassant pas 10 ans. Or nos billets actuels sont en circulation depuis 20 ans. Ce serait dans l’intérêt du pays de revoir toutes les dénominations actuelles au plus vite.