Actu de l'ile Maurice
Actualités

Mario Nobin partira-t-il sur la pointe des pieds ?

Mario Nobin partira-t-il sur la pointe des pieds ?

Depuis un peu plus d’une dizaine de jours, l’info a été balancée. Mario Nobin, l’actuel Commissaire de police qui soufflera ses 64 bougies en septembre, envisagerait de prendre sa retraite. L’on prête même à croire que la course pour sa succession est lancée.

Le « timing » semble être bien calculé. Car cette info intervient quelques jours après que le ministre mentor l’a défendu bec et ongles au Parlement. A un moment où l’opposition, à tort ou à raison, réclame sa tête toutes les semaines; où des cas, très médiatisés comme l’affaire Lutchigadoo, sont dévoilés au grand jour ; où des informations, voire des vidéos sont balancées dans les rédactions…

Depuis ces derniers événements, Mario Nobin semble s’évertuer davantage dans des eaux troubles. Pourquoi ? L’homme n’est pourtant pas le plus mauvais Chef de police que le pays a connu. Il n’est pas non plus le meilleur, mais sir Anerood Jugnauth ne l’a, cette fois, pas aidé en déclarant, d’abord, qu’il n’est pas satisfait des explications du CP au sujet l’affaire des 16 kilos d’héroïne manquants suite à la saisie record de 135 kilos de drogue dans le port en mars 2016. Puis, il y eu le transfert « punitif » de cette policière qui a osé prendre en contravention un notable d’un village du sud-est de l’île. SAJ, avec la franchise qui est sienne, a encore une fois exprimé son désapprobation en soutenant que ce genre de comportement ne pouvait être toléré. Il l’aurait même fait comprendre à Mario Nobin.

L’enchaînement des histoires qui ne font aucunement honneur à la police ne s’arrête pas là. La semaine dernière, le pays a été choqué d’apprendre que c’était un policier qui était à l’origine de la fausse alerte à la bombe dans les quartiers généraux de l’ICAC. Son explication est des plus farfelues pour quelqu’un qui est sensé représenter l’ordre et la paix : « je voulais impressionner ma copine ».

À voir ces cas qui se succèdent chaque semaine, on pourrait commencer à croire à ces drôles d’histoire de cycles et se dire que le mauvais sort s’acharne sur notre police. Mais nous parlons ici de la police nationale. Comme dans une équipe de foot ou dans une entreprise, généralement, c’est le Chef qui finit par porter le chapeau pour les fautes, erreurs et mauvais résultats de ses troupes.

Cela paraît, au prime abord, injuste. Mais c’est une cruelle réalité à laquelle on n’échappe pas. Ramgoolam, par exemple, a connu le même sort pour ses abus et frasques lors du verdict des urnes de 2014. La population l’a sanctionné. Pas très loin, notamment en Algérie le directeur général de la sûreté nationale a été limogé il y a trois semaines après les « manquements » dévoilés dans une sombre affaire de saisie de 701 kg de cocaïne. Le responsable de la sûreté nationale algérienne a été « viré » pour des manquements dont il n’est serait pas forcément responsable. Mais c’est ainsi.

À lire aussi : Branle-bas de combat des DCPs pour le képi de Nobin…

Ici, il faut bien comprendre qu’on ne congédie pas un Commissaire de police en un simple claquement de doigts. C’est un poste dit constitutionnel. Dayal, qui avait fait l’objet d’une Commission d’enquête en 1997 et d’un procès en Cour intermédiaire sous trois chefs d’accusations – faux témoignage, faux et entente délictueuse -, avait été relevé de ses fonctions. Et on connaît aujourd’hui le résultat: l’Etat lui a payé Rs 15 millions sous forme de dommages et intérêts.

Nous n’en sommes pas là. Mais à voir les comportements et agissements des uns et des autres, les choses semblent davantage se corser pour Mario Nobin. Oublions pour l’instant cette drôle de lubie de vouloir célébrer, cette fois, les 251e anniversaire de la force policière, à peine une année après avoir célébré avec faste ses deux siècles et demi d’existence l’année dernière. Il y a deux dossiers plus importantes et hautement répréhensibles qui pèsent sur la crédibilité et l’intégrité de la force policière sous leadership de Mario Nobin.

Il s’agit en premier lieu des 16 kg de drogues manquants, qui fera l’objet d’une enquête indépendante présidée par un ancien juge. L’affaire a été médiatisée il y a une vingtaine de jours. La question est de savoir quand le pot-aux-roses a été découvert et qu’est-ce qui a été fait jusqu’ici pour que le ministre mentor vienne dire qu’il n’est pas satisfait des explications ?

L’autre dossier qui risque de faire couler beaucoup d’encre dans les jours à venir est le rapport de la Commission d’enquête Lam Sham Leen sur le trafic de drogues à Maurice. Depuis un moment, et ce malgré les résultats sans précédents de la Brigade antidrogues dans la lutte contre la drogue, il se passerait en effet des choses peu catholiques au sein de cette unité. On pourrait citer l’histoire de la mémoire interne effacée du téléphone portable du détenu Lutchigadoo ou encore les infos « retrieved » du téléphone d’un suspect dans l’affaire de saisie de 135 kilos d’héroïne et qui se sont volatilisées. Cela en fait beaucoup. Et Dieu sait ce que cette boîte de pandore qu’a ouverte Paul Lam Sham Leem nous réservera dans peu de temps.

Ce qui est sûr, c’est que quelqu’un, quelque part devra en porter le chapeau. Mario Nobin ? Tout le laisse croire. Du moins, on cherchera – en interne et externe – à le lui faire porter. Où alors, après ses 42 ans de carrière au sein de la force policière et ses 40 mois en tant que Commissaire de police, choisira-t-il de partir sur la pointe des pieds ?