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Commission d’enquête sur la drogue: Identique à celle de 1986 ?

Commission d’enquête sur la drogue: Identique à celle de 1986 ?

C’est la deuxième commission d’enquête sur la drogue instituée depuis celle de 1986, suite à l’affaire Amsterdam Boys. Si les drogues ont pris de nouvelles formes et de nouveaux constituants, l’ampleur des dégâts est le même. La commission d’enquête de l’ex juge Paul Lam Shang Leen est bouclée et le rapport est déjà sur papier. La population dans son ensemble attend qu’il soit rendu public. Entretemps les spéculations fusent de partout.

Pour l’heure, essayons de voir dans quelles mesures ces deux commissions, avec 31 ans d’écart, se ressemblent.

D’emblée, les deux commissions sont instituées par le même Premier Ministre en fonction, soit Sir Aneerood Jugnauth. Si la première avait été décidée dans le sillage de l’arrestation de 4 députés du gouvernement d’alors, soit Satyanund Pelladoah, Dev Kim Currun, Serge Thomas et Ismael Nawoor, aujourd’hui encore la décision a été prise parce que la drogue est devenue trop meurtrière.

La Commission constituée

En 1986 le président était l’ex juge Sir Maurice Rault. Ses deux assesseurs étaient les avocats Mme Laure Pillay et Prem Bissessur. Celle de 2018 a pour président un ancien juge, Paul Lam Shang Leen et ses deux assesseurs Sam Lauthan et le Dr Ravind Kumar Domun.

Les drogues qui faisaient rage

En 1986 c’était l’héroïne, le brown sugar et l’opium. Aujourd’hui, c’est toujours l’héroïne, le gandia et la drogue synthétique s’est invitée de la partie. Dans les deux cas les conséquences sont les mêmes : morts par overdose, recrudescence de vols, familles déchirées et foyers brisés.

A l’époque, la commission Rault faisait office de cyclone. Il y eut des descentes policières, des fouilles qui révélaient de gros butins, des arrestations. En somme, le pays était bouleversé dans plusieurs secteurs.

Pour 1986, les travaux de la commission étaient largement axés sur les informations fournies par un certain Raffick Peerbaccus, drogué, trafiquant et repenti. Il fournissait des informations de tout go, impliquant des personnalités hautement placés dans le giron politique, légal et policier. A noter que Raffick Peerbaccus recevait la protection de l’état pendant ses aveux. Sa famille et lui avaient élu domicile au Quartier général de la SMF à Vacoas. Aujourd’hui il s’est installé en Angleterre.

Si Satyanand Pelladoah, le parlementaire, qui fut intercepté à l’aéroport de Schiphol, avait été trouvé coupable et devait purger sa peine à Amsterdam, ses autres parlementaires accompagnateurs Kim Currun, Nawoor et Thomas furent exonérés de tout blâme. N’empêche que le stigma d’Amsterdam Boys était resté collé à leur peau.

Raffick Peerbaccus avait impliqué des hauts gradés de la police et des avocats aussi. Aujourd’hui, encore, le doute subsiste sur certains hauts gradés de la police. Aujourd’hui encore, des avocats ont défilé devant la commission. Si plusieurs des personnes citées en 1986 avaient eu recours à des révisions judiciaires, aujourd’hui aussi au moins un avocat a signifié son intention de contester le rapport de cette commission. Toutefois, au final, personne n’avait été condamné ou sanctionné d’une manière ou d’une autre.

Les prisonniers qui viennent témoigner

En 1986 le détenu Yusuf Ismael Taffazul s’était présenté devant la commission Rault pour des témoignages. Aujourd’hui aussi les détenus Siddick Islam et Peroumal Veeren sont venus déposer.

Les étrangers

La commission Rault avait accueilli l’Indien, Anthony Miranda comme témoin. Ce dernier avait fait des allégations sur l’avocat Amba Chinien. Aujourd’hui aussi des étrangers sont détenus par rapport à des affaires de drogue. Parmi il y a un certain Cibi Thomas, suspecté de connivence avec l’autre suspect Dewdanee.

Les mesures gouvernementales

Aussitôt que le rapport de la commission Rault rendu public, le gouvernement de Sir Aneerood Jugnauth avait pris certaines mesures correctives pour combattre le fléau de la drogue. Ces mesures devaient apporter un peu de répit concernant le trafic de la drogue. Entre autres la Dangerous Drugs Act avait été amendée pour introduire la peine de mort aux trafiquants de la drogue. Une autre loi avait aussi été votée pour permettre la saisie des biens mobiliers et immobiliers des personnes trouvées coupables de trafic de drogue

Mais la grande question qui reste posée demeure les actions que le présent gouvernement prendra à l’encontre des suspects. S’il est vrai que c’est SAJ, alors Premier Ministre, qui avait initié cette commission, ce n’est plus lui qui est à la tête du gouvernement.

Mais l’espoir est permis, avec les déclarations fulgurantes de Pravind Jugnauth, selon lesquelles il ne laissera aucune chance aux trafiquants de la drogue. Pour en avoir le cœur net, on doit attendre la publication du rapport et la réaction du gouvernement.

La seule crainte, c’est que le rapport Lam Shang Leen ne moisissent dans les tiroirs, comme ce fut le cas en 1986, du moins pour les personnes impliquées ou accusées.