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Cordistes ou ces superhéros à la conquête des gratte-ciel

Cordistes ou ces superhéros à la conquête des gratte-ciel
Ces cordiers se réveillent tôt chaque matin pour aller nettoyer les plus grands bâtiments d’entreprises et des gratte-ciel

Qui ne connait pas l’homme araignée ! Eh non.. pas le superhéros idolâtré par les petits mais ceux qu’on voit suspendus tout en haut des immeubles pour combattre et sauver les fenêtres des façades de la poussière et de la moisissure ? Ils existent sous plusieurs noms… «rappellers », «cordistes», «techniciens ou nettoyeurs en hauteur»…mais avec tous la même mission : défier la gravité pour mener à bien leur boulot!

Une prise de risque qui en vaut la chandelle

Ils se réveillent tôt chaque matin pour aller nettoyer les plus grands bâtiments d’entreprises et des gratte-ciel. Une chose est sure, ils n’ont pas froid aux yeux et en sensations fortes, ce sont des pros. Pourtant ils sont conscients que le danger est bel et bien réel. Les vents forts, la pluie, le soleil…peuvent représenter un réel danger mais rien ne les arrête !

Certes, ils sont bien équipés et bien harnachés par mesure de sécurité, mais qu’en est-il de l’assurance vie ? Que font ces sociétés de nettoyage pour assurer leur sécurité ? Nous nous sommes intéressés à deux compagnies de nettoyage Alpha Cleaning Ltd et Otelair qui assurent que toutes les dispositions soient prises pour prévenir tout incident à leurs hommes araignées.

Les dispositifs de sécurité: Assurances tous risques chez Alpha Cleaning et Otelair!

Alpha Cleaning, connue en matière d’excellence en nettoyage, rend justice à sa réputation. La propreté et la sécurité passent avant tout,  rassure Shyam Purang, ancien Health and Safety officer de la société. «Un Health and Safety Officer se charge de bien vérifier tout bâtiment qui doit être nettoyé avant d’avaliser l’opération. Si le rapport stipule qu’il n’y a aucun risque, les ‘rappellers’ peuvent aller de l’avant, au cas contraire, le contrat essuie un refus. Ce métier est admirable par son enjeu ainsi la sécurité passe avant tout. Les ‘rappellers’ suivent une formation pour apprendre comment faire des noeuds, à bien vérifier les équipements et comment se comporter dans une situation de panique. Ils bénéficient tous d’une assurance. Jusqu’à présent heureusement, pas de blessé est à déplorer», explique-t-il.

Olivier Bourquin «On s’assure que tous les techniciens en hauteur soient en bonne condition physique avant tout»

 

Otelair Ltée est non seulement une société spécialisée en sensations fortes au niveau des activités de loisirs mais aussi en travaux acrobatiques. Olivier Bourquin, son fondateur, est un expert en la matière. Avec ses 18 ans d’expérience, il forme des Mauriciens pour effectuer des travaux en hauteur y compris le nettoyage des vitres sur des gratte-ciel, tels que les bâtiments de la MCB, la banque de Maurice, le Caudan, entre autres. Olivier Bourquin a la même devise, la sécurité est de mise et pas qu’un peu. «On s’assure que tous les techniciens en hauteur soient en bonne condition physique avant tout, qu’ils aient de bons réflexes et qu’ils soient forts mentalement sinon ils ne sont pas retenus pour le faire. La qualité des équipements est aussi très importante, les nôtre proviennent notamment de France. Il y a jusqu’ à Rs 100 000 d’équipements sur nos techniciens quand ils vont en hauteur mais leur sécurité n’a pas de prix. Et même s’ils sont assurés, pas question de prendre de tels risques ! » D’ailleurs, il affirme qu’il existe trop d’amateurs qui font ce métier et ne pensent pas au danger. «Y’en a beaucoup qui ne sont pas équipés correctement. Ils n’avaient même pas de casques. C’est dangereux et inacceptable. Il faudrait interdire cela. J’espère que le gouvernement fera le nécessaire pour empêcher de telles pratiques insouciantes. Je suis d’ailleurs disposé à aider à mettre en place un système de vérification. »

La hauteur est déjà une difficulté en elle-même mais quand les intempéries s’en mêlent, la tâche est bien plus dur. Cela peut s’avérer dangereux. C’est la raison pour laquelle qu’en cas de pluie et vents forts de plus de 15 km/h, l’opération est annulée. Autre difficulté est que tous les bâtiments ne sont pas de la même hauteur et n’ont pas la même structure, ils ne sont pas tous verticaux. Certains bâtiments ne peuvent donc pas supporter un échafaudage et les cordistes doivent se jeter dans le vide à l’aide d’une corde. Il faut aussi être très fort mentalement pour supporter tout type d’épreuve et ne pas paniquer dans des situation de crise car une possibilité d’un malaise ou de crises d’angoisses n’est pas à écarter.

 Un métier patriarcal…du moins c’est ce qu’on laisse croire!

Par ailleurs, les deux sociétés précisent qu’il n’y a aucune obligation et qu’ils laissent le choix aux employés de vouloir ou non nettoyer en hauteur. Shyam Purang et Olivier Bourquin sont d’avis que ce métier est ouvert à tous, hommes et femmes, du moment qu’on s’y intéresse vraiment et répond aux critères, soit dans ce cas, d’une bonne condition physique, un bon mental, de l’endurance, pas de problèmes cardiaque ou de vertige, savoir réagir adéquatement en situation de panique, entre autres. De plus, le constat est le même pour les deux experts, les hommes s’y intéressent plus, les femmes bien moins…il y a peu de femmes dans leurs compagnies respectives à faire du nettoyage en hauteur probablement «parceque les femmes sont plus prudentes ou ont peur de prendre des risques. A moins qu’elles considèrent qu’elles ne seront pas retenues pour le faire alors que ce n’est pas du tout le cas. Aussi, pour des mères de famille, l’enjeu est de taille », soutiennent-ils.

«C’est plus qu’un métier»

Cependant Océane Chunny, 19 ans, n’est pas du même avis. Il se trouve qu’elle est aussi une cordiste et elle fait non seulement du nettoyage mais aussi de la peinture des gratte-ciel en hauteur. Et comme elle il existe encore quelques filles de la vingtaine qui défient les stéréotypes. Océanne n’a peur de rien, et veut le démontrer. «J’aime la sensation d’être en hauteur. J’ai l’impression que je suis capable de tout faire. C’est plus qu’un métier…c’est une passion», témoigne-t-elle. Elle ajoute d’ailleurs que ce n’est pas un métier que pour les hommes. Selon elle, les femmes sont tout aussi capables de le faire «Si une femme peut être maçon et faire des travaux manuels alors pourquoi pas le nettoyage en hauteur. De plus, cela nous aide au niveau personnel à être plus indépendante et confiante. Aussi, on arrive à dépasser nos limites tout en brisant les stéréotypes. » nous confie Océane.

Brian Robette aime la sensation forte

Brian Robette : «Sa sensasyon la li extrem. Mo kontan sensasyon fort mem si ena risque tomber»

Brian Robette, 27 ans, un technicien d’ Otelair est dans le domaine depuis 9 ans. A 18 ans, il a tenté le coup et ça a été le coup de foudre professionnelle depuis. « Sa sensasyon la li extrem. Mo kontan sensasyon fort mem si ena risque tomber akoz ena zis 2 la corde ki tini nou. Apre nu bizin veye letan si pou kapav monte la haut, lapli, divan, soley kapav vinn enn danze pou nou me nu bien ekipe ek nu travay en bignome par sekirite. », déclare-t-il.

Il souligne qu’il n’a pas l’intention d’arrêter car la sensation que cela lui procure est «extrême ». «metie la interesan. Li pa enn fardeau, plito enn plaisir. Ena sa ti frayeur la kan ou nett la haut me Kan mo leve mo kontan pou al travay. Mo pena lintansyon kite si. Mo envi poursuiv mo cariere ladan mem».

Amoureux de sensations fortes, vous savez maintenant qu’il est tout à fait possible de concilier loisirs et carrière.

Ce que dit la loi ?

Selon la section 100(1) du Occupational Safety and Health (Work at Height) Regulations 2013, les employés doivent bénéficier du ‘collective fall protection system’ qui veut dire que l’employeur doit mettre tous les dispositifs nécessaires en place pour assurer la sécurité des employés qui travaillent plus de 2 mètres de haut à travers le «fall prevention, restraint, positioning, fall arrest, rope access ou rescue »

L’employeur doit aussi s’assurer, avant une opération de nettoyage, de bien planifier, superviser et préparer les mesures de sécurité avant d’envoyer ses ‘rappellers’ sur le terrain. Il doit aussi s’assurer qu’il fournit la formation adéquate à ses employés sur les potentiels risques et envoie des personnes compétentes faire le boulot. Le plus important est surtout de bien vérifier et consolider les équipements pour éviter les chutes.

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