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Guerre ouverte syndicat de la santé – ONG sur la méthadone

Guerre ouverte entre le syndicat de la santé et les ONGs sur la distribution de méthadone
Brian Pitchen; président de Espoir Revivre Barkly, Danny Philippe; président de CUT, Brigitte Michel; responsable d'AILES et Dhiren Moher; président de PILS

Le mode de distribution de la méthadone sera revu. Le ministre de la Santé l’a annoncé la semaine dernière. Anwar Husnoo a affirmé que les postes de police ne sont pas les endroits appropriés pour dispenser le traitement de la méthadone. Une décision que conteste la Ministry of Health Employees Union (MHEU). Amarjeet Seetohul, président de cette association estime qu’il faut respecter tous les paramètres afin d’avoir une bonne productivité et une bonne qualité de travail, que ce soit en termes de salaire, de conditions et aussi de sécurité.

Il estime que si l’environnement n’est pas sécurisé, l’employé évoluera avec un sentiment de frayeur et cela aura des conséquences sur sa productivité. Il explique que la MHEU a toujours œuvré, avec pour objectif, une meilleure sécurité au travail. Il cite d’agressions dans le passé lorsque la distribution de la méthadone se faisait dans les centres de santé. Amarjeet Seetohul affirme qu’il existe des comportements à risque avec les toxicomanes qui sont sous méthadone.

Il ajoute que lorsque la distribution de méthadone se faisait au postes de police, « tou ti p mars korek ». Il déplore qu’aucune consultation n’a eu lieu avec les ‘stakeholders’ avant que le ministre Anwar Husnoo fasse part de sa décision. Selon lui, il faut revoir le système de sécurité avant de revoir le mode de distribution de la méthadone. Amarjeet Seetohul critique également la présence d’agents de sécurité, déployés dans les hôpitaux et dans les centres de santé. « Ils n’ont pas les critères requis pour être agents de sécurité. Zot bann vier dimunn », déplore-t-il. Il évoque aussi le manque de policiers et de patrouille au niveau hospitalier. Il cite l’hôpital de Moka, où il n’y a pas de poste de police. Amarjeet Seetohul déplore également que les caméras de surveillance ne sont pas contrôlées par des personnes compétentes.

Selon lui, la distribution de méthadone dans les centres de santé mettra à risque, le personnel hospitalier aussi bien que le public. Le président de la MHEU pense qu’il est important que le ministre de la Santé maintienne le statu quo.

Il explique également qu’il ne parle pas de marginalisation ou de stigmatisation de ces personnes, mais estime qu’il faut être conscient que ces personnes ont des comportements à risques.

La MHEU consultera le ministère de la Santé pour faire part de sa requête. Si toutefois, il ne revient pas sur sa décision, le syndicat envisagera une manifestation.

Cependant, le son de cloche est différent du côté des  Organisations Non Gouvernementales (ONG).

Dhiren Moher, président de Prévention, Information et Lutte contre le SIDA (PILS), critique sévèrement la réaction de la Ministry of Health Employees Union. « Elle me fait réfléchir et je me pose plusieurs questions. Est-ce-qu’il y a vraiment des personnes sincères dans le système de la santé ? » se demande-t-il. Selon lui, la méthadone est un traitement. Il pense que l’on doit pouvoir faire confiance à ceux qui bénéficient de ce traitement. Dhiren Moher rappelle qu’autrefois la distribution de méthadone se faisait aux centres de santé, avec la présence de policiers.

« Quel problème peut-il y avoir avec la présence des forces de l’ordre dans les centres hospitaliers ? », se demande Dhiren Moher qui rappelle que la méthadone n’est distribuée que deux heures par jour, soit entre 6h et 08h. « Ki problem kav ena ek kan pe donn li dan enn fason humain ? »

Il égratigne sévèrement la MHEU et affirme que sa prise de position va à l’encontre des droits humains. Le président de PILS pense que ceux qui sont sous méthadone sont des victimes qui méritent des soins. Il fait également référence aux personnes atteintes de la VIH.

« Komie ka in gayne depi 20 ans, dimunn inn gayn maltraite ek pann gayn swin ki bizin dan lopital ? »

Il affirme qu’il ne faut pas oublier que Maurice est un ‘welfare state’. Selon lui, ceux qui ne veulent pas que la distribution de méthadone se fait dans un centre de santé, « n’ont pas une base d’éducation ». « Mo pre pu fer ledikasyon ar sindika », nous lance-t-il.

Dhiren Moher dénonce également le fait que le syndicat souhaite aller de l’avant avec une manifestation. « Tou zafer debous lor manifestasyon ici ». Le président de PILS leur demande de faire ce qu’ils ont en tête. « Laiss bann organizasyon international kone », fait-il valoir.

« Si mo konpran zot lozik, demin mo lipie kase mo bizin al stasyon pu mo tretman ??» Il déclare qu’on est en 2018 et on ne peut travailler dans un système de santé où il n’y a aucune approche pour traiter les personnes sous méthadone. Il nous explique qu’il y a certes des dis difficultés mais il faut savoir gérer le problème.

Brigitte Michel, la responsable de l’ONG AILES (Aides, Infos, Liberté, Espoir et Solidarité) explique pour sa part qu’il existe des personnes agressives et non-agressives dans chaque société. « C’est idem pour les personnes qui sont méthadone ». Selon elle, les toxicomanes bénéficient de la méthadone dans des conditions « déplorables ».

Elle estime qu’il n’est pas juste qu’un groupe de personnes essayent de contester la décision du ministre de la santé. « Ena dimunn p rod enn lavi normal lwin ek lapolis ». Elle ajoute que ceux sous la méthadone aspirent à une vie meilleure. Cependant Brigitte Michel ne nie pas que ces personnes ne soient pas « 100% des anges ».

Elle n’arrive pas à comprendre ce regard de stigmatisation et d’incrimination sur ceux sous traitement de méthadone. La responsable d’AILES évoque en même temps un « trafic » de méthadone entre les hôpitaux et les poste de police. « Il y a un problème de dosage dans la méthadone ». Pour Brigitte Michel, « government decides » et non les syndicats du ministère de la santé.

Danny Philippe : « On ne peut criminaliser ou stigmatiser ces personnes »

Pour Danny Philippe, président du Collectif Urgence Toxida (CUT), la méthadone est un médicament, qui doit être impérativement distribué dans les centres de santé. « On ne peut criminaliser ou stigmatiser ces personnes », lance-t-il. Ce dernier affirme également que ceux qui bénéficient de la méthadone sont déjà discriminés à travers le regard des gens. « Letan fer zot pran sa dan stasyon, ki regar avoye lor sa bann dimunn la ?  » Il souligne que les infirmiers sont formés pour dispenser le traitement. « Pourquoi avoir peur des comportements à risques ? » Il parle notamment des travailleurs sociaux et indique que ces derniers n’ont jamais été victimes d’agressions. Le président de CUT affirme qu’il est seulement question d’approche. « Se apross ki bizin sanze ». Selon lui, si le protocole de distribution de méthadone est respecté, le problème sera résolu.

Il ajoute également qu’il que tout se joue dans l’approche envers la personne. « Si nous changeons notre regard et on voit en la personne qui vient chercher de l’aide, on doit l’aider dans la meilleure façon possible ».

Brian Pitchen, président de Espoir Revivre Barkly rappelle que le traitement de méthadone avait commencé dans les centres de santé. « A l’époque tout se passait dans les meilleures conditions », fait-il savoir. Ce dernier reconnaît certes qu’il y avait une poignée de récalcitrants. Toutefois, il pense qu’il ne faut pas avoir le même regard sur chaque personne. « Bon nombre de personnes viennent prendre leur méthadone sans difficultés et repartent au boulot ». Brian Pitchen soutient que le traitement sous méthadone doit se faire dans les centres de santé. Il affirme que ce traitement ne peut être dispensé aux postes de police. Il souligne que le personnel des centres de santé a la responsabilité de s’occuper des malades. « Ceux qui sont sous méthadone sont des personnes malades et il faut leur traiter comme il se doit ».

Le président de Espoir Revivre Barkly reste catégorique. « Si pa kav okip zot…zot pa bizin travay dan sant ospitalie ». « Pourquoi ne pas envisager des centres de santé spécialisés où ces personnes pourraient bénéficier de suivi psychosociale ? » se demande-t-il.

Guerre ouverte entre le syndicat de la santé et les ONGs sur la distribution de méthadone