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Jean-Maurice Labour : « Le pape François dit être du côté des victimes »

Jean-Maurice Labour : « Le pape François dit être du côté des victimes »
Père Jean-Maurice Labour, vicaire général diocèse de Port-Louis.

Les retombées de l’enquête des services du procureur de la Pennsylvanie dans le nord-est des Etats-Unis, publiées le mardi 14 août, ont choqué plus d’un. Elles mettent à jour des abus sexuels perpétrés par plus de 300 « prêtres prédateurs » et couverts par l’Eglise catholique de cet Etat, dont ont été victimes au moins 1 000 enfants. Inside News a interrogé le Père Jean-Maurice Labour, vicaire général diocèse de Port-Louis.

Quelle est la réaction de l’Eglise Catholique de Maurice sur cette affaire ?

Il n’y a pas de mots pour décrire le choc que cette situation provoque dans l’Eglise, même si ce n’est hélas pas la première fois que ce genre d’informations nous parvient. Chaque cas d’abus est en lui-même unique et mérite toute notre attention. Je suis peiné d’abord et avant tout pour les victimes dont nous savons qu’elles garderont des séquelles pendant longtemps : c’est à eux en premier que doit aller toute notre attention. Scandalisé par le cover-up pratiqué par des autorités d’églises qui, pour tenter de sauver leur réputation, ne protègent pas les victimes en ne prenant pas des mesures suffisantes qui empêcheraient les prédateurs de continuer leurs méfaits.J’ajouterai que j’ai honte pour mon église dans laquelle les prêtres sont les premiers représentants dont la crédibilité est ainsi remise en question. Cependant le nombre de prêtres coupables de ces méfaits restent minoritaires. Il reste que la chute de 300 arbres fait plus de bruit que 3 000 qui poussent tranquillement et portent des fruits. Ceci n’excuse ni n’efface cela. Il faut souhaiter que ce ‘coming-out’ qui met l’Eglise sur le gril se réalise aussi dans les autres religions et secteurs de vie où il y à proximité avec les enfants et les jeunes, comme les familles, le milieu médical, les milieux psychologiques etc. Il y a plus de victimes qu’on le croit dans ces secteurs aussi.

« Il reste que la chute de 300 arbres fait plus de bruit que 3 000 qui poussent tranquillement et portent des fruits. »

Quelle est l’ampleur de la situation à Maurice. Quelles sont les sanctions prises par l’Eglise catholique pour un prêtre qui est accusé/soupçonné de pédophilie?

Nous sommes à Maurice en présence de deux cas allégués qui ont été référés d’une part aux autorités légales du pays et d’autre part à l’autorité responsable dans l’Eglise à Rome comme le veut les protocoles mis en place. Un des prêtres a été retiré de ses fonctions et l’autre a démissionné. Tous deux attendent le verdict des instances légales. Il faut rappeler que les personnes accusées sur qui pèsent une allégation, sont présumées innocentes jusqu’au verdict d’une cour de justice.

Est-ce qu’il y a des campagnes qui se font ?

Je suis responsable d’un comité du diocèse de Port Louis nommé par le Cardinal Piat, pour recevoir les personnes qui allèguent être ou avoir été témoins d’abus sur mineurs ou celles qui sont elles-mêmes victimes. Ce comité est composé d’un prêtre responsable de l’application du droit de l’Eglise dans le diocèse (droit canon) appelé dans notre jargon : vicaire judiciaire, d’une psychologue, d’une femme avocate et de moi-même. Nous sommes responsables au nom de Mgr Piat, de recevoir les personnes ayant des allégations d’abus à déclarer, de discerner le bien-fondé des cas et de faire un rapport à l’évêque. Celui-ci prend alors des mesures qui s’imposent selon le droit de l’Eglise et celui du pays. Ces mesures sont codifiées et publiées dans un protocole dont la première édition concernant les prêtres a été publiée en 2013 et la seconde en mai 2018. Deux autres protocoles sont en préparation : un destiné aux responsables des groupes d’enfants et de jeunes, un autre destiné au staff du primaire et du secondaire.

« Soulignons que pour sa part, le Vatican a déclaré, jeudi 16 août, éprouver « honte et colère. »

Ces protocoles comportent trois grandes parties :- 1. La connaissance du problème tel que la loi le définit.2. Le traitement des cas allégués. 3. La prévention. Une place importante est en effet donnée à la prévention dans la mesure où il ne suffit pas de traiter le mal déjà fait mais de le prévenir par une information aussi complète que possible sur la connaissance des dimensions légales, pédagogiques, psychologiques du problème. Cette formation vise à donner aux personnes travaillant auprès des mineurs les outils nécessaires pour mieux connaitre la problématique des abus sexuels contre les enfants. Et ce tout en étant conscient des conséquences graves et traumatiques pour l’enfant victime et de pouvoir identifier des signes qu’un enfant/adolescent pourrait être victime d’abus sexuel, être sensibilisé sur le cadre juridique et les lois à Maurice. Ces personnes formées devront avoir le devoir légal de référer les cas aux instances de Protection nationale (CDU) accompagner – dans la mesure du possible – la victime, tout en encourageant un suivi/accompagnement avec un professionnel (ex : médecin généraliste, psychologue, psychiatre, homme de loi etc.)

Il serait souhaitable que la personne sur laquelle pèse une allégation accepte de bénéficier d’un suivi thérapeutique spécialisé sur le long terme. Et enfin, l’autorité de l’Eglise s’assure que tous les mouvements et associations qui travaillent avec les enfants et les jeunes se dote de code de conduites prudentielles et préventives. Soulignons que pour sa part, le Vatican a déclaré, jeudi 16 août, éprouver « honte et colère ». Le pape François dit être du côté des victimes.

Jean-Maurice Labour : « Le pape François dit être du côté des victimes »