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Les personnes souffrant de crise d’épilepsie doivent-ils prendre le volant ?

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Les personnes souffrant d'épilepsie ne doivent pas prendre le risque de conduire pour leur sécurité et celle d'autrui.

Une vidéo, qui fait le tour de la Toile actuellement interpelle. On y voit un médecin en pleine crise d’épilepsie, comme le confirme son frère, médecin lui aussi. Ce qui nous amène à nous poser la question : les personnes souffrant de crise d’épilepsie doivent-ils reprendre le volant ? Quelques éléments de réponse à l’issue de notre enquête.

L’épilepsie est une maladie à ne surtout pas prendre à la légère. Provoquée par une surcharge électrique dans l’activité cérébrale, cette maladie se manifeste par les symptômes tels que la perte de connaissance, convulsions, respiration bruyante, entre autres. L’épilepsie peut effectivement représenter un handicap dans la vie de tous les jours, car le hic est qu’elle surgit sans crier gare. C’est la raison pour laquelle, les personnes épileptiques doivent dans la mesure du possible, être accompagnées notamment au boulot, en voyage et surtout au volant d’une voiture, pour s propre sécurité et de celle d’autrui. Ce qui nous ramène à la fameuse vidéo faisant le tour de la Toile depuis dimanche dernier.

Dans la vidéo, on voit un médecin au volant d’une voiture, dans un état second, paniqué et qui peut peine à rester debout et qui se met à émettre des cris. Il est filmé par un groupe de jeunes croyant que le médecin était sous l’influence de la drogue synthétique. Accusation que s’est empressé de réfuter le frère de celui-ci qui n’est autre que Dr Waseem Ballam. Ce dernier affirme que son frère n’avait consommé aucune chimique et explique qu’une crise d’épilepsie serait à l’origine de cette réaction. Il compte de ce fait porter plainte contre ceux qui se sont permis de poster la vidéo sur Facebook. Depuis les réactions des internautes font grand bruit de cet incident.

Inside News veut également faire la lumière sur cette affaire en ayant recours à l’expertise de divers intervenants comme le neurologue, le Dr Dominique Lam, l’avovat Me Lovendra Nuliah et le Sergent Barlen Monusami.

Les personnes épileptiques ne représentent-elles pas un danger sur la route ?

Le neurologue Dominique Lam, est catégorique. Il n’est pas recommandé pour les personnes souffrant d’épilepsie ou toute autre maladie qui peuvent surgir à n’importe quel moment sans prévenir – telle que des problêmes cardiaques – de prendre le volant. Cela peut se déclencher à n’importe quel moment et représente non seulement un danger pour la personne au volant mais aussi pour les usagers de la route. « Toute personne ayant déjà souffert de crise épileptique doit bénéficier d’une assistance permanente au cas où une crise surgit de nulle part », souligne le Dr Lam.

Ce dernier précise qu’il y a différents types de crises et qu’il ne faut pas mettre tous les patients dans le même panier. « On ne peut pas non plus suspendre le permis d’une personne qui a eu une crise d’épilepsie. Ces crises varient selon les personnes. Il y en a qui ont une crise une seule fois au courant de leur vie et d’autres régulièrement. Le souci c’est qu’il n’y a pas vraiment de loi à Maurice comme à l’étranger, interdisant une personne épileptique de conduire pendant un certain laps de temps. Il est important d’instaurer une loi à Maurice où les personnes souffrant d’épilepsie soient suivies de près par un médecin qui certifie que le patient peut à nouveau reprendre le volant. »

Quel sera le sort du médecin ?

Selon les dires de Dr Waseem Ballam, le frère de la victime, ce dernier a déjà souffert de crises épileptiques dans le passé. Ce qui nous fait penser, que ce dernier a agi en irresponsabilité et aurait dû solliciter l’assistance d’une autre personne quand il conduit. Quelle sanction encoure donc la victime ? L’avocat Lovendra Nuliah avance que toute personne souffrant d’une maladie comme l’épilepsie ou de problêmes cardiaque doit impérativement le mentionner dans le formulaire d’inscription pour l’obtention d’un permis de conduire. L’avocat précise que selon la section 45 (6) du Road Traffic Act, toute personne consciente d’être épileptique au moment de remplir le formulaire, commettrait une offense et serait passible d’une amende n’excédant pas Rs 10 000 et une peine d’emprisonnement ne dépassant pas trois mois, si elle ne le mentionne pas dans le formulaire d’inscription.

Ce que risquent les vidéographes amateurs ?

Cette vidéo a fait polémique sur la Toile, elle a été beaucoup été partagée et fait réagir de nombreux Mauriciens. Les jeunes qui ont filmé et posté la vidéo sur Facebook où on les voit insinuer que le médecin serait sous l’influence synthétique, risquent également d’être traînés en justice «for failing to provide assistance to a person in distress » et aussi pour atteinte à la réputation de la victime vu qu’elle a été critiquée par nombre de Mauriciens sur le réseau social. Maitre Nuliah affirme que selon le Information and Communication Technology Act (ICTA), il est interdit de prendre la photo ou vidéo d’une personne et la poster sur les réseaux sociaux

  • sans sa permission si :
  • c’est pour lui causer du tort
  • cela peut ternir sa réputation
  • cela peut inciter une haine raciale
  • ou mettre la personne en danger.                                                                                                            Ce délit est généralement punissable par la loi d’une amende ne dépassant pas Rs 50 000  et une peine de prisons n’allant pas plus de 5 ans.

Les procédures pour l’obtension d’un permis 

Le sergent Barlen Monusami affirme, lui, que l’une des procédures pour obtenir un permis de conduire est de stipuler sur le formulaire si une personne souffre de quelconque maladie. Si c’est une maladie grave telle que l’épilepsie, il est évident que le permis ne sera pas octroyé. Mais le hic c’est que les officiers de police ne sont pas équipés pour vérifier sur place l’état de santé des candidats, donc il se peut que beaucoup d’entre eux ne disent pas la vérité en remplissant le formulaire.

Toutefois, le sergent précise que l’Etat a le droit de poursuivre ces personnes pour «false and misleading information ». Il ajoute qu’on devrait introduire une loi à l’avenir portant exclusivement sur les maladies comme celles-ci pour l’octroi d’un permis de conduire. Selon lui, il aurait aussi fallu un suivi médical des patients ayant des problèmes de santé similaire.

Les personnes souffrant de crise d’épilepsie doivent-ils reprendre le volant ?