Actu de l'ile Maurice
Actualités

Free Trade Agreement: Maurice joue sa dernière carte à Beijing

Avec l’entame du quatrième round de négociations sur l’accord commercial de libre-échange entre Maurice et la Chine, les attentes, quant à l’enclenchement d’une nouvelle dynamique en matière de relations économiques et commerciales entre les deux pays, sont palpables. Une équipe, composée de techniciens et de fonctionnaires se trouve en effet à Beijing pour finaliser les termes cet accord, le premier en son genre entre la Chine et un pays africain et également le « sésame » pour faire de Port-Louis une véritable passerelle stratégique vers le continent.

  • Le FTA devrait, en gros, favoriser davantage les échanges commerciaux en prenant avantage des opportunités qui se présentent.
  • Elles pourront utiliser Maurice comme un centre de distribution et de valeur ajoutée
  • La Chine est le premier pays parmi les économies émergentes à investir à Maurice

La finalisation du Free Trade Agreement (FTA) a non seulement une portée symbolique, mais coïncide également avec la visite du Premier ministre, Pravind Jugnauth en Chine. Le chef du gouvernement quitte le pays ce vendredi pour participer à l’édition 2018 du Sommet du Forum sur la Coopération sino-africaine (FCSA). Les plus optimistes pensent que l’équipe, qui s’est déplacée en Chine depuis lundi, devrait déblayer le terrain lors de ce quatrième round de négociations après les trois premiers qui ont eu lieu en avril, juin et août de cette année. « Ce quatrième round pourrait être décisif, nous permettant ainsi de déboucher sur un accord final et sa signature dans le cadre de la visite du Premier ministre en Chine », fait-on comprendre à l’hôtel du gouvernent.

Les plus réalistes préfèrent jouer la carte prudence. « Il est vrai que les discussions ont atteint un stade avancé, mais il faut aussi comprendre cet accord dépasse le cadre d’échanges bilatéraux, car il annonce l’avènement d’une nouvelle ère de coopération économique. Il doit donc répondre aux attentes des deux parties et refléter les ambitions d’ouverture et de libéralisation des échanges économiques à travers un partenariat gagnant-gagnant ».

Ce qui est sûr, c’est qu’une étape cruciale sera franchie à Beijing, car au cas où l’accord n’est finalisé, les deux parties seront appelées à signer un Memoradum of Understanding (MoU), comme pour offrir encore plus de visibilité à leur engagement devant les nombreux chefs d’Etat qui seront à Beijing dans le cadre du Sommet du Forum sur la Coopération sino-africaine. Et, pour certains observateurs, démontrer que cet engagement constitue une composante indissociable dans l’ambitieux projet La Ceinture et Route de la Chine dans l’océan Indien et en Afrique.

Le FTA devrait, en gros, favoriser davantage les échanges commerciaux en prenant avantage des opportunités qui se présentent. La Chine n’a jamais caché ses ambitions par rapport à l’Afrique. La récente tournée africaine de son Président Xi Jinping en juillet dernier en atteste. Ces échanges commerciaux entre nos deux pays devraient permettre aux entreprises chinois, par exemple, de tirer avantage dont bénéficie Maurice sur les marchés régionaux en Afrique, notamment les accès préférentiels de la SADC et du COMESA. Elles pourront utiliser Maurice comme un centre de distribution et de valeur ajoutée, ouvrant la voie à de nouvelles perspectives de développement et d’opportunités au port-franc.

Le Président de la Chine, Xi Jinping était à Maurice en juillet dernier et avait eu une session de travail avec le Premier ministre, Pravind Jugnauth

Importations de Chine : USD 853 millions

Le projet de port franc de JinFei à Riche Terre sera, à cet effet, un centre d’activités stratégique pour les opérateurs chinois. En contrepartie, la FTA permettra, par ailleurs, aux producteurs mauriciens d’écouler plus de produits sur le marché chinois dans des conditions plus souples et favorables. Il permettra aussi de rééquilibrer dans une certaine mesure les échanges commerciaux entre les deux pays et qui, pour l’instant, est nettement en faveur de la Chine.

A titre d’information, les importations venant de Chine sont chiffrées à USD 853 millions, alors que les exportations mauriciennes dans le sens inverse sont évaluées à USD 27 millions seulement.

Par ailleurs, les derniers chiffres publiés par la Banque de Maurice indiquent que la Chine est le premier pays parmi les économies émergentes à investir à Maurice. Ces cinq dernières années, les investissements chinois ont atteint la barre des USD 250 millions.

Coopération Sud Sud : Une opportunité à saisir

Maurice dispose d’une opportunité à travers la Coopération Sud-Sud

Depuis ces derniers mois, Maurice s’est engagée dans un nouvelle stratégie de diplomatie économique à travers des liens économiques très forts avec les économies émergentes. L’Inde reste un partenaire privilégié à travers le Comprehensive Economic Cooperation and Partnership Agreement (CECPA), s’inscrivant ainsi dans un nouvel ordre de partenariat, celui de la « Coopération Sud-Sud ».

La coopération Sud-Sud s’ouvre à l’Afrique d’une part et aux puissances économiques émergentes comme l’Inde, la Chine et la Russie entre autres. Pour les observateurs économiques et géopolitiques, Maurice dispose d’une opportunité à travers la Coopération Sud-Sud pour faire face à la montée du protectionnisme en Occident et le nouvel ordre mondial qui est en train d’émerger. « L’équilibre de la puissance économique se déplace progressivement de l’ouest vers l’est. Cela rend la coopération Sud-Sud encore plus pertinente et significative », soutiennent-ils. Dans ce contexte, outre le CECPA avec l’Inde, l’accord commercial de libre-échange Maurice-Chine traduira dans la réalité une ambition de longue date, celle de faire de Maurice une courroie de transmission par excellence dans le corridor commercial et d’investissement Asie-Afrique.

Les mêmes avantages s’appliquent dans le cadre du CECPA avec l’Inde.

 

Free Trade Agreement : Maurice joue sa dernière carte à Beijing