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Zut ! Les archives nationales ont brûlé…

Zut ! Les archives nationales ont brûlé…
Les archives nationales ont brûlé…

Il était un peu plus de 22 heures, le dimanche 2 septembre, quand les pompiers de Coromandel et ceux des autres stations appelés en renfort, sont parvenus à circonscrire l’incendie. Toute l’île Maurice s’est réveillée le lendemain, choquée, émue, sidérée, effondrée… Les Archives nationales et ses 200 ans d’histoire ont été brûlées et réduites en cendres.

« Une perte incommensurable », « Une tragédie », « Mémoire disparue »… titrent en Une les journaux du matin, le lundi 3 septembre, avec des articles couplés de témoignages, révélations et accusations. Les sites d’information en ligne multiplient les réactions à travers images et vidéos et les réseaux sociaux s’enflamment à travers les « posts » et commentaires des érudits et péquenauds. Les radios privées, elles, proposent des plateaux avec historiens, chercheurs, politiciens et journalistes pour partager mélancolie et mécontentement. Evidemment, le but est de chercher les raisons de cette tragédie et… le (s) coupable (s), voire irresponsable(s) qui ont contribué à la mort d’une des plus vieilles institutions de notre pays. Nos Archives Nationales.

C’est ce que le leader de l’opposition, Xavier Luc Duval, tentera de démontrer le lendemain, mardi 4 septembre, à 11h30 par le biais d’une Private Notice Question (PNQ), que le ministre des Arts et de la Culture (titulaire en poste : Pradeep Roopun) sera assigné à répondre. Acculé, le ministre tentera de faire porter le chapeau aux précédents gouvernements, au leader de l’opposition lui-même parce qu’il était ministre des Finances et qu’il n’a pas alloué les fonds nécessaires pour protéger les Archives nationales, et aussi à son voisin de table et élu du PMSD, le cher Dan Baboo, qui était lui-même ministre des Arts et de la Culture entre décembre 2014 et décembre 2016 ; qu’il s’était même rendu au siège de l’UNESCO à Paris, en mai 2015, pour le lancement et la présentation d’une exposition sur «Histoire et signification des archives nationales de la République de Maurice».

La PNQ finira, comme nous l’avons tous deviné, en eau de boudin, car Paul Bérenger, « choqué, dégoûté et bien emmerdé », se mettra de la partie pour rappeler qu’il a, à maintes reprises, posé des questions et formulé ses craintes quant aux dangers auxquels étaient exposées les Archives nationales qui, d’autant plus, se trouvaient dans une zone industrielle à Coromandel.

Brouhaha, quolibets et le sempiternel « order, order please » se solderont, vous l’avez deviné encore une fois, par le proverbial « I order you out », qui sera suivi par le Walk Out collectif.

Le « show » des parlementaires sera traduit en long et en large dans les médias et restera au centre de l’actualité jusqu’au dimanche 9 septembre, principalement dans la presse hebdomadaire.

Le Premier ministre, lui, au sortir d’une de ses fonctions en fin de semaine, apprendra aux journalistes, et le lendemain par voie de communiqués, que les pays amis « partagent notre peine ». Emmanuel Macron a proposé son aide pour que « ses experts » viennent sauver ce qui peut être sauvé ; XI Jinping a déjà envoyé toute une équipe pour sécuriser la partie des archives numérisés et mettre à disposition les technologies chinoises dernier cris permettant de tout reproduire sans jamais pouvoir distinguer le vrai du faux ; et Narendra Modi a débloqué immédiatement quelques millions de dollars, sans aucune charge, pour la construction d’un immeuble moderne et sécurisé, et totalement dédiée à nos archives et l’histoire de notre pays.

Ouf ! Tout est bien qui finit bien. Lundi 10 septembre, tout le monde passe à autre chose, une autre « actu » a supplanté celles des Archives nationales brûlées. Du « rechauffé » comme ils le disent dans le jargon journalistique.

On a déjà oublié que des centaines de milliers de documents, certains datant plus de deux siècles, ont été dévorés par des flammes ; personne – ou très peu – ne se rappellera même pas que c’est le Premier gouverneur britannique de l’île Maurice, Sir Robert Farquhar, qui avait en mai 1815 chargé un certain Baron Antoine Marrier d’Unienville, archiviste colonial de métier, de commencer un inventaire et tout un processus d’archivage des documents historiques – cela a pris quatre ans au Baron pour tout inventorier; personne ne pensera à proposer d’utiliser les millions de dollars débloqués par l’Inde pour restaurer, consolider et sécuriser une des nombreuses édifices patrimoniales en délabrement ou laissées à l’abandon pour abriter les (nouvelles) Archives nationales ; personne ou très peu osera rappeler à nos enfants et générations futures comment des centaines de milliers de documents d’immigration de l’histoire notre pays et près de 175 000 photographies d’hommes, de femmes et d’enfants venant de l’Inde et l’Afrique et datant de 1826 à 1915 ont brûlé ce jour-là et que les recherches généalogiques ne sont plus possibles ; personne ne leur dira que tout ce que vous verrez dans notre tout nouveau bâtiment abritant ce qui reste de nos archives nationales ne sont que des copies que nos amis chinois nous ont permis de reproduire et que les vrais documents sont à jamais perdus…

Enfin, la liste des trésors que nos Archives nationales regorgent est tellement longue et nous aurons tous, une semaine après l’incendie, oublié leur importance et les décideurs, eux, leur devoir de respect vis-à-vis de la mémoire et de la protection et la sauvegarde de richesses patrimoniales de notre pays.

Vous l’avez compris, c’est une histoire fictive, un scénario que nous avons imaginé après un brutal réveil – des consciences – lundi, lorsque le Brésil, s’est levé en apprenant que plus de deux cents ans de travail, de recherches, de connaissances, et d’histoire ont été rasés par des flammes. Le musée de Rio a brûlé. La tragédie que les Brésiliens vivent serait « le fruit d’une négligence absolue en marche depuis des années». Nous ne souhaitons pas la vivre. Il n’en est pas question. Et il n’est pas trop tard d’en tirer les leçons et enseignements nécessaires…