Please gentlemen, foutez le camp... !
L'erreur de Rosario Marianne (à g.) c'est d'avoir osé remporter des courses
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Please gentlemen, foutez le camp… !

Rosario Marianne devait participer à trois ‘time trials’ selon les règles fixées par le ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS) en accord avec la Visually Handicapped Persons Sports Federation (VHPSF) pour se qualifier pour les 10es Jeux des iles de l’océan indien (JIOI). Il en a remporté deux et son adversaire fut disqualifié dans la troisième épreuve. Avec ce sans-faute, l’athlète non-voyant croyait avoir assuré sa qualification. Il a eu tout faux…

La réponse – se trouvant dans une lettre que Reynolds Permal, président de la VHPSF, a adressée au MJS – explique pourquoi le parcours de combattants de Rosario Marianne n’est pas terminé.

« … According to one officer of the MAA, the athlete who has reached the finish line first was disqualified and the ground of this disqualification was not clear on the photo finish. To be fair with both athletes we will wait for the performances of both athletes who are participating to the Grosseto 2019 World Para Athletics Grand Prix which will be held in Italy on the 8th and 9th June 2019 for our final selection for the 100m T11 race for the IOIG 2019. » La lettre est signée de Reynolds Permal, M.S.K, président de la VHPSF.

Celui-ci conteste ce qui est pourtant d’une limpidité incontestable sur la photo-finish : le guide a passé la ligne d’arrivée devant l’athlète non-voyant. Ce qui est formellement interdit dans une épreuve de T11. Et pourtant, selon la lettre au MJS, la Fédération persiste et signe : « this disqualification was not clear on the photo finish. » Qui est cet officier de la MAA ? A-t-il fait un rapport au MJS ? Malgré toutes nos tentatives pour essayer d’avoir cette information, tout semble indiquer que cela n’a jamais été le cas.

Nous nous sommes donc tournés vers l’auteur de la lettre, le lundi 3 juin, pour en savoir plus. Et là, nous avons été surpris d’entendre une tout autre version du président de la VHPSF que celle notée dans ‘sa’ lettre.

« C’est vrai que Rosario Marianne a remporté les trois épreuves de qualification. Mais l’athlète disqualifié a réalisé le meilleur temps dans la dernière épreuve. » Est-ce cette même course où l’athlète en question fut disqualifié ? Nous avons posé la question à Reynolds Permal et sa réponse laisse bouche bée. « Oui, il a été disqualifié, mais il a réalisé un meilleur chrono que Rosario Marianne. C’est une information que nous ne voulons pas prendre à la légère », dit-il.

Dans quelles circonstances peut-on prendre en considération le chrono réalisé par un athlète dans une épreuve où il a été disqualifié ? A aucun moment, nous disent tous les règlements internationaux et… la logique.

Enter Vivian Gungaram, président de la MAAA. Il explique la validité de la fameuse photo-finish. « Il n’y a pas à sortir de là. Pas d’images, pas de temps ». Une affirmation qui veut dire qui si on considère le fait que les images n’étaient pas bonnes, le chrono de la course n’aurait pas été affiché. Et la photo confirme bel et bien la disqualification de Jameison Mohun et nul ne pourrait mettre en doute l’analyse de Vivian Gungaram, qui a officié dans des plus grandes compétitions mondiales d’athlétisme, comme les Championnats du monde ou les Jeux olympiques.

Les faits…

Lorsqu’on remonte l’affaire Rosario Marianne à la source, on se demande s’il n’y a pas une tentative délibérée de l’éliminer de la sélection. Voyez plutôt.

  • La VHPSF lui refuse une licence individuelle, faisant fi des clauses de la Sports Act. La première nommée lui remet finalement une licence, après que le sportif ait menacé de tenir une grève de la faim illimitée.
  • Une licence est refusée à son guide, Samuel Bousoula. L’intervention du MJS et de l’IPC finit par faire entendre raison à la VHPSF qui remet finalement le précieux document à son guide.
  • Malgré le fait d’avoir remporté deux des trois ‘time trials’, c’est Jameison Mohun (battu en deux occasions par ce même Rosario Marianne) qui est sélectionné. Du côté de la VHPSF, on insiste sur le fait « qu’il faudra attendre les résultats de la troisième épreuve pour finaliser la sélection. » Dixit Dominique Pancham, secrétaire de la Fédération.
  • La troisième course de 100m a lieu le 25 mai 2019 et c’est Rosario Marianne qui l’emporte. Jameison Mohun est disqualifié parce que son guide, Stéphan Louis, a traversé la ligne d’arrivée avant lui.
  • L’histoire devient encore plus opaque quand le président, Reynolds Permal affirme à Inside News, qu’il ne conteste pas les résultats de cette dernière épreuve, mais il tient en compte le chrono réalisé par l’athlète disqualifié. Il ordonne une quatrième ‘time trial’ « To be fair with both athletes », écrit-il.
What next ?

What next ? Un cinquième, si d’aventure Rosario Marianne l’emporte à nouveau, et un sixième si le ciel tombe sur la tête de celui que la VSPSF veut qualifier ?

A l’heure où nous publions ce bien triste constat, Rosario Marianne est en route pour l’Italie pour essayer d’obtenir sa qualification pour les Mondiaux de Dubayy, en novembre prochain. 12 heures de vol qui seront une éternité pour cet homme qui se pose, à coup sûr, des questions sur les ‘méchancetés’ que lui réservent ceux qui lui en veulent rien parce qu’un jour il a fait l’erreur de gagner. Des questions sur le pourquoi de cet acharnement, lui qui n’a comme objectif que de défendre les couleurs de son pays. Une ambition qui lui revient de droit. Logiquement, légitimement et naturellement.

Le contraire ferait prendre un sale coup aux valeurs sportives, aux valeurs olympiques. Plus loin, plus haut, plus fort, disait le Baron de Coubertin, fondateur des Jeux olympiques !

Ceux qui sont contre ces règles naturelles du sport doivent se faire un devoir de foutre le camp !

Please gentlemen, foutez le camp… !