12 mars – Pravind Jugnauth: «Lorsqu’un peuple est uni, il réussira toujours»
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Budget 2019-20 — Enjeux et perspectives : Les raisons d’être optimistes 

Dans quelques heures le Premier ministre et ministre des Finances présentera le Budget 2019-20, le quatrième de Pravind Jugnauth depuis l’installation de l’alliance Lepep au pouvoir en décembre 2014. La stratégie du gouvernement en matière d’économie et de gestion des finances du pays devrait garder la même trajectoire, celle de miser sur une croissance inclusive en vue de propulser le pays vers un statut d’Etat à revenu élevé en 2023. Les trois axes indissociables pour atteindre ce but : des politiques macroéconomiques et budgétaires saines, des infrastructures publiques modernes, des investissements privés et étrangers et la consolidation des secteurs traditionnels et émergents. Le pays est-il sur la bonne voie pour atteindre un prochain niveau de développement économique ? Etat des lieux.

Les nombreux indicateurs tendent à démontrer qu’on est sorti d’une situation difficile comparativement  à décembre 2014. Taux de croissance du PIB à la baisse, taux de chômage en hausse ou encore contraction du secteur de la construction qui a perduré pendant près de cinq ans. Cela sans compter les pressions inflationnistes –supérieurs à 3% – qui affectaient le pouvoir d’achat et un secteur financier dans un état peu favorable au maintien de la stabilité macroéconomique.

Or, il faut dire que la donne a changé depuis 2015. Maurice joue actuellement les premiers rôles sur de nombreux tableaux économiques aussi bien que dans d’autres domaines en Afrique. Dans les classements mondiaux, les scores se sont progressivement améliorés. Citons entre autres, le classement de Maurice dans « doing business report » banque mondiale. Classée à la 49e place en 2017, elle est passée à la 20e place en 2019. Ce qui équivaut à un bond de 29 places en deux ans.

Sur le plan africain, selon le rapport global sur la compétitivité 2017-18, publié par le forum économique mondial, Maurice est le pays le plus compétitif du continent africain. Actuellement 45e dans le classement global, l’île Maurice a amélioré son score qui est passé de 4,49 à 4,52 points.

Constance et stabilité

La constance notée dans la performance économique du pays est caractérisée par des notations positives attribuées par des organisations internationales telles que Moody’s. L’agence de notation a, en avril 2019, maintenu la note Baa1 à Maurice – qui repose sur une économie diversifiée, des politiques de développement économique et le climat politique stable de l’île -, confirmant par la même occasion, les efforts du gouvernement de consolider l’économie mauricienne et sa capacité à faire face aux chocs externes.

De plus, le 2018 Mo Ibrahim Index of African Governance maintient le pays à la première place des 54 pays africains ou encore, le 2018 Global Competitiveness Report, qui le classe à la « 21st position as freest economy worldwide and 1st in Sub-Saharan Africa ». Voir ci-contre les récentes notations attribuées à Maurice.

Index

Performance/Ranking

2019 Moody’s Investors Service Credit Analysis

Confirmed rating of Baa1 with Stable Outlook

2018 Mo Ibrahim Index of African Governance

Maintained 1st position on Overall Governance out of 54 African countries

2018 Global Competitiveness Report

Maintained 49th position worldwide and 1st in Sub-Saharan Africa

2018 Index of Economic Freedom of the Heritage Foundation

Maintained 21st position as freest economy worldwide and 1st in Sub-Saharan Africa

2018 Social Progress Index

Classified among the Upper Middle-Social Progress countries, ranked 43rd out of 146 countries and maintained 1st position in Africa

Source : MOFED

Ces résultats prometteurs découlent d’une réorientation positive des indicateurs clés. Pour stimuler l’économie et la création d’emplois tout en modernisant notre pays, le gouvernement a, depuis 2015, misé sur de grands projets d’infrastructures pour renverser la tendance dans le secteur de la construction et créer de nouveaux emplois. Trois ans après, le chômage a été ramené à son taux le plus bas depuis 2001 : 6,9% (2018). « Unemployment rate declined consistently from 7.9 percent in 2015 to 6.9 percent in 2018 », indiquent les statistiques.

Investissements directs étrangers maintenus à un niveau élevé

L’investissement dans son ensemble a été également été soutenu au cours durant ces quatre années, l’investissement privé, par exemple, a enregistré une tendance à la hausse, passant de 12,6 en 2015 à 14,1% en 2018. Les investissements directs étrangers sont également maintenus à un niveau élévé, car durant la période 2015-2018, ils ont atteint un niveau record de Rs 21,2 milliards ( 2017). Le montant estimé pour 2018 est de Rs 17,4 milliards.

Autre exemple de stabilité, la croissance économique. Le taux de croissance affiche une moyenne de 3,7% entre 2015 et 2018, alors que le pays a réalisé un 3,8% l’année dernière. Les mesures décisives entreprises par le gouvernement dans des domaines clefs, permettant d’entrevoir des perspectives durables, notamment à travers des actions concrètes dans la lutte contre les changements climatiques, le financement durable, la production et la consommation durables et la correction des inégalités.

A ce dernier chapitre, l’Income inequality a enregistré une baisse significative Gini-Coefficient étant passé de 0.414 en 2012 à 0.400 en 2017. Ce score place Maurice parmi les hauts les High Human Development countries dans le monde.

Pauvreté absolue en baisse

La croissance économique positive n’a pas laissé derrière elle les couches les plus vulnérables de la société. L’absence d’une stratégie pour combattre la pauvreté absolue et pour freiner l’écart grandissant entre les riches et les pauvres faisait cruellement défaut. La mise en application du Plan Marshall a ouvert la voie à un nouveau modèle de société avec une plus grande justice sociale et une meilleure qualité de vie pour tous. Les résultats ne se sont pas fait attendre.

Les statistiques démontrent que la pauvreté extrême est en baisse. « Relative poverty has declined as only 5.5 percent of households lived below the relative poverty line with the fixed threshold in 2017 compared to 9.4 percent in 2012 », est-il souligné. La réduction des inégalités et de la pauvreté extrême relève d’une politique de protection sociale cohérente, marquée par des mesures concrètes telles que les programmes d’assistance mis à exécution par la National Empower Fund et l’introduction de deux mesures phares. Primo, la Negative Income Tax, qui bénéficie aujourd’hui à quelque 70 000 employés. Secundo, le salaire minimum qui a été institué au niveau national et qui représente une des plus importantes réformes économiques jamais réalisées depuis plus de deux décennies.

Pays à revenu élevé : rendez-vous avant 2023

Maurice est résolument sur la bonne voie dans son objectif de faire partie des pays à revenu élevé. Basé sur le le Gross National Income (GNI) per capita, classement analytique des économies mondiales introduit en 1987 par la Banque mondiale, Maurice devrait passer ce cap sans difficulté avant 2023. Le GNI per capita en 2018 se situait à US$ 11 000, alors que le seuil établi doit être supérieur à US$ 12 476 (Rs 440 000). Le seuil des US$ 12,000 sera atteint bien avant 2030, car le pays aura atteint un GNI par habitant qui se situe autour de US$ 13 600 à l’aube de 2023 (voir tableau ci contre).

Year (calendar year)

2018

2020

2030

GNI per capita (US$)

11,000

12,000

19,300

Gini Coefficient

0.40

0.35

0.25

Objectif réaliste ?  Ce qui est sûr, c’est que tout est mis en œuvre pour transporter l’économie mauricienne vers un niveau de développement supérieur à travers l’exploitation de nouveaux piliers et le maintien d’un taux de croissance entre 3,9 et 4,2% au cours des trois prochaines années, de même que la stabilité macroéconomique et des finances publiques.

Construction : dynamisme retrouvé

Le secteur de la construction qui, comme mentionné plus haut, a fait face à une contraction de 5 ans (2011 à 2015), a retrouvé un dynamisme important avec de réelles taux de croissance de 7,5% et 9,5% en 2017 et 2018 respectivement. Le secteur devrait connaître une expansion de 8,6 % en 2019.

Pouvant compter sur le désormais Economic Development Board (EDB), qui semble avoir atteint sa vitesse de croisière après deux ans d’existence, les autres objectifs fixés sont, entre autres, de ramener les investissements directs étrangers au-dessus de la barre des Rs 21 milliards ; d’augmenter la part des investissements étrangers dans le secteur manufacturier à 12% ; de redonner un nouvelle impulsion au secteur de l’exportation et ; d’améliorer, à terme, sa place dans le classement mondial en matière de ‘Ease of doing business’.

La réussite de ce processus de réforme économique repose également sur un ancrage fiscal crédible et la création d’un espace budgétaire s’appuyant sur des institutions fortes et indépendantes. La Mauritius Revenue Authority (MRA) continue de renforcer ses capacités et se donne de nouveaux moyens pour rendre plus efficaces les mécanismes de contrôle.  D’ailleurs, d’importants investissements dans des projets clefs ont été consentis pour consolider les systèmes de collecte des recettes fiscales des contribuables.

Banque mondiale : Il y a lieu d’être optimiste…

Se faire une place dans la ligue des pays à revenu élevé comporte également des défis majeurs à relever, comme atteindre GNI par habitant qui se situe autour de US$ 13 600 en 2023 et le plein emploi en 2025. La voie est tracée depuis 2015. La consolidation des secteurs traditionnels et émergents est en marche et les jalons déjà en place pour en faire un nouveau modèle de développement économique. « Compte tenu des antécédents de Maurice en matière de réinvention de son modèle économique, il y a lieu d’être optimiste quant à la capacité du pays à gérer avec succès le processus de réforme… », fait d’ailleurs ressortir la Banque mondiale.

Budget 2019-20 : Enjeux et perspectives : Les raisons d’être optimistes