Drogue : Campagne Soutenez… Ne punissez pas
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Drogue : Campagne Soutenez… Ne punissez pas

Le Collectif Urgence Toxida (CUT) et son partenaire Prevention Information Lutte contre le SIDA (PILS) participent à la campagne internationale « Soutenez. Ne punissez pas », une initiative communautaire mondiale, visant à soutenir la Réduction des Risques (RdR) et les politiques en matière de drogues qui mettent l’emphase sur la santé publique et les droits humains. La campagne vise à inscrire la réduction des risques à l’agenda politique en renforçant la capacité de mobilisation des communautés touchées et de leurs alliés, en ouvrant le dialogue avec les décideurs et en sensibilisant les médias et le public.

Cette édition 2019 s’articule autour de deux évènements. D’une part, des sessions d’informations sur la RdR, la gestion des overdoses et les pratiques d’injections à moindre risque organisées avec les personnes qui s’injectent des drogues et, d’autre part, un atelier de travail sur les meilleurs pratiques en matière de RdR avec des personnalités politiques de tout bord. Cette rencontre se tiendra le 3 juillet 2019 au Palms Hotel, Quatres Bornes.

Comme chaque année, nous réitérons notre appel pour la dépénalisation de l’usage de toutes les drogues. De plus en plus de personnes concernées par l’usage de produits-psychoactifs, des médecins et d’experts s’accordent sur l’utilité d’une dépénalisation de la consommation personnelle des drogues. La guerre contre la drogue menée depuis plus de 50 ans est un échec. Ni la consommation ni le trafic illicite n’a cessé avec ces mesures répressives mais ont produit les effets inverses, notamment, une épidémie du VIH et des hépatites virales concentrée parmi les personnes qui s’injectent des drogues, la violation des droits humains et un fort taux de stigmatisation et de discrimination envers les personnes qui utilisent des drogues. La politique prohibitionniste entretenues par tous les gouvernements a favorisé la criminalité, la violence et la corruption liées au trafic illicite ainsi que l’apparition des nouvelles drogues de synthèses.

Consommation de drogue injectable chez les jeunes

La consommation de drogues injectables et ses effets sur la santé sont peu documentés chez les jeunes consommateurs de drogues injectables à Maurice. Afin de mieux répondre aux besoins des jeunes injecteurs de drogues, CUT en collaboration avec la London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM), a mené en 2018 une étude qualitative sur les jeunes de 16 à 24 ans qui s’injectent des drogues à l’Ile Maurice. Cette étude souligne plusieurs urgences, notamment, la révision des politiques et programmes nationaux en matière de traitement et d’accompagnement des jeunes consommateurs, la décentralisation et l’extension des programmes MST (Methadone Substitution Therapy) vers les centres de santé, la suppression des restrictions pour l’accès aux traitements de MST (18 ans) et la nécessité d’un soutien psychosocial et sociale spécifiques pour les jeunes et leurs familles entre autres. Autre point fort de ce rapport est le programme de RdR, en particulier l’échange de seringues, qui a fait ses preuves pour éviter les transmissions du VIH et VHC. L’étude recommande la décriminalisation de la possession de seringues, qui provoque beaucoup de stigmatisation et engendre des

pratiques d’injection à risque chez les jeunes, d’élargir non seulement les services d’échanges de seringues et le matériels offert pour une meilleure protection mais aussi des programmes et services adaptés aux jeunes avec des horaires plus flexibles. Rappelons-le, 4,6% des jeunes 15 et 19 ans consommant des drogues injectables vivent avec le VIH, tandis que la prévalence était de 11,2% chez ceux entre 20 et 29 ans (IBBS 2017). Le IBBS de 2009 a révélé que les personnes qui s’injectaient des drogues à un jeune âge à Maurice étaient plus à risque de contracter le VIH.

Il n’est plus concevable de conserver une loi (Dangerous Drug Act) dont les effets provoquent plus de dommages que les pratiquent qu’elle incrimine. L’utilisation des drogues est une question de santé publique majeure et elle doit être traitée comme-t-elle. Dépénaliser les drogues permettrait de soulager la justice, de solutionner le problème de la surpopulation carcérale tout en mettant l’emphase sur la prévention, l’éducation et la santé.

La question des drogues est aussi une question politique mais malheureusement celle-ci demeure inchangée. Depuis août 2017, CUT et ses partenaires attendent l’implémentation du National Drug Control Masterplan. Sans un plan directeur national et une réelle volonté politique, nous ne pourrons adresser la question des drogues dans son ensemble. Par ailleurs, le manque de volonté des politiques se traduit, comme annoncé dans le budget 2019/2020 par l’augmentation du financement de la répression et non du système de santé alors que la RdR a pour but prioritaire de limiter les risques sanitaires non seulement des personnes qui utilisent des drogues mais par extension, de la population dans son ensemble.

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