[Opinion] Grossesse précoce: à quand une éducation sexuelle pour nos enfants?
Enceinte de 18 semaines et domiciliée dans un village du nord, elle est décédée après six jours d’hospitalisation, la semaine dernière.
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Grossesse précoce: à quand une éducation sexuelle pour nos enfants?

Destin tragique pour une collégienne, âgée de 15 ans. Enceinte de 18 semaines et domiciliée dans un village du nord, elle est décédée après six jours d’hospitalisation, la semaine dernière. Juin 2018, une mineure de 13 ans, de foi islamique, enceinte de 3 mois, forcée à se marier religieusement est morte, suite à des complications. Il était révélée que cette mineure était battue par son jeune «époux». Une semaine plus tard, une autre adolescente, âgée de 13 ans, enceinte de 7 mois, était hospitalisée, à la suite d’une dispute avec son concubin. Rouée de coups, elle a décidé de retourner chez sa mère. Ces trois drames ont provoqué la consternation, la désarroi, la tristesse, la colère dans les familles des deux victimes et à travers la population. Très vite ces sentiments se sont estompés, d’autant plus que les autorités responsables ( ministère de l’Egalité des Genres, du Bien-être de la Famille et du Développement de l’Enfant, ministère de l’Education, Ombudsperson for Children…), ainsi que les pouvoirs publics, ont tout fait pour temporiser la situation.

Le comble est qu’à chaque fois, on fait avancer à la face du public les grands remèdes, la rigueur des lois ( importance d’une vraie éducation sexuelle, obligation pour les enfants d’être scolarisés jusqu’à l’âge de 16 ans, interdiction d’avoir des relations sexuelles avec mineures….), ou encore l’urgence du projet de loi, Children Bill qui se fait toujours attendre. La presse écrite et parlée en font leur chou gras. La nouvelle se répand et commentée sur les réseaux sociaux. Puis rien. Silence. Tout sombre dans l’oubli. Et ce jusqu’à qu’on se retrouve avec un énième drame, causé par la grossesse précoce, où la toute jeune mère, non pardon l’enfant meurt!

297 cas de grossesses précoces sont recensés en  2018. Ces derniers statistiques, rendus publics par la Mauritius Family Planning Association (MFPA) sont alarmants. Ils témoignent les lacunes et les dysfonctionnements de notre société; les manquements au niveau de la famille (qui est la première institution de la socialisation) et du système éducatif ( école, collège, enseignement pédagogique…) et la démission parentale. Il est évident qu’il y a trop d’hypocrisie chez des parents et des responsables de l’Éducation sur l’introduction d’un programme de l’éducation sexuelle dans le cursus scolaire. Il y a trop de tergiversations par rapport à l’élaboration d’une politique de l’éducation sexuelle à nos enfants. Le sujet est encore tabou dans certains sphères à Maurice.

C’est avec raison, cette fois que la directrice de la MFPA. Vidya Charan est sortie de ses gonds pour dire la vérité crue. «On propose l’introduction de l’éducation sexuelle au collège depuis plusieurs années. Nous avons déjà un plan à proposer. Mais, le ministère de l’Education décline notre proposition en avançant qu’il a le sien pour mettre en oeuvre. Mais, jusqu’ici, on ne voit rien de concret», a déploré Vidya Charan sur les ondes d’une radio privée, la semaine dernière.

Cette semaine, elle interpelle les parents pour être partie prenante d’une politique de l’éducation sexuelle à l’école. Elle soutient la nécessité d’une campagne de sensibilisation de parents à travers de rencontres Parents-Teachers’ Association. «Il faut que l’on cesse de se voiler la face, car ensemble, on peut arriver à recadrer nos jeunes», insiste Vidya Charan avec raison.

Que ce cri du coeur soit entendu ou pas. Qu’une campagne de sensibilisation soit enclenchée ou pas, des parents mauriciens et les décideurs politiques, doivent se ressaisir et assumer pleinement leurs responsabilités pour l’introduction d’une vraie éducation sexuelle à l’école.

Perdus dans leurs repères, d’une part; abasourdis par l’irresponsabilité, l’incompétence et l’indécision de certains, de l’autre, les enfants de la République ne doivent plus souffrir et encore moins d’être meurtris. La République de Maurice n’a pas le droit moral de perdre aucun de ses enfants pour cause de grossesse précoce.

Grossesse précoce: à quand une éducation sexuelle pour nos enfants?