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La réintroduction de la peine capitale est-elle envisageable ?

La journée mondiale contre la peine de mort est célébrée en ce mercredi 10 octobre. Et le débat sur son éventuelle réintroduction fait toujours polémique. Est-il envisageable de réintroduire la peine de mort qui a été abolie en 1995 à Maurice? Inside News fait le point sur la question.

Lors de la Private Notice Question (PNQ) du 17 juillet dernier, le ministre Mentor, Sir Anerood Jugnauth avait fait ressortir que si cela tenait qu’à lui, il aurait introduit la peine de mort, en particulier dans des cas de meurtres,de vols, ou de trafic de drogue.

Un membre influent du gouvernement, sous le couvert de l’anonymat, confie qu’une telle option est du domaine du possible. « La loi la li lamem li. Zamai pann finn ena okenn amendmen pou tir li completma depi nou Constitusyon… », fait-il ressortir.

Ce dernier poursuit : « se sel fason ki kapav combatte banes trafikants de drog. Pena lotre choix ! »  Cependant notre interlocuteur concède que « ena buku membre dan gouvernma ki malhezment pa dakor are sa ». Peut-on, dans ce contexte voir la peine de mort réintroduit avant la fin du présent mandat du gouvernement Lepep ? « Attendons voir. Il ne suffit que d’une petite majorité pour venir avec un tel projet de loi », fait aussi ressortir notre interlocuteur.

Un avis que ne partage pas Ravi Rutnah, Deputy Chief Whip. Il déplore le fait qu’à chaque fois « ena enn zafer grave dan pays ki sa quesyon de peine capital revinn dan l’aktialité ». Selon l’homme de loi spécialisé en droit de l’homme, « il faut avant toujours revoir notre système carcéral. La peine de mort est un exercice barbare ».    

L’avocat Jean-Claude Bibi abonde dans le même sens. Il soutient que « cette pratique ne peut être une solution pour une République ». « Les pays où l’on a recours à la peine de mort, n’ont pas vu une baisse de la criminalité », souligne-t-il.  L’homme de loi ironise aussi en affirmant qu’« un criminel ne peut être réhabilité  dans un système pareil ».

Brin d’histoire

La dernière personne à avoir été pendu se nommait Essan Nanyeck. Ce dernier alors âgé de 33 ans, avait été exécuté à la prison centrale de Beau-Bassin, le 10 octobre 1987.   Une charge d’assassinat avec préméditation sur Rashid Atchia pesait sur lui. Les faits, avec pour toile de fond une affaire de cœur, se sont déroulés le 23 juillet 1983.  

L’accusé avait été traduit aux assises, le 20 juillet 1987, devant Sir Victor Glover, le Senior Puisne Judge d’alors. A une majorité de huit contre un, le jury avait reconnu Eshan Nayeck coupable d’avoir assassiné Rashid Atchia. C’est alors que le Senior Puisne Judge avait déclarait la peine de mort contre l’accusé.

Essan Nanyeck, décida alors d’avoir recours à la Commission de pourvoi en grâce pour contester cette décision, mais son appel fut rejeté.  

L’abolition de la peine de mort a été votée à l’Assemblée national le 3 août 1995. A l’époque, c’était Sir Anerood Jugnauth qui était à la tête du pays.

 

Première journée mondiale en 2003

La première journée mondiale contre la peine de mort, a été célébrée le 10 octobre 2003. Il s’agit d’une initiative d’une plateforme appelant à « la coalition mondiale contre la peine de mort », regroupant des ONGs et des associations de juristes. Il est à souligner qu’environ 70 pays, exclusivement des régimes autoritaires, exécutent toujours des condamnés à mort. 

La réintroduction de la peine capitale est-elle envisageable ?