«Le Ptr, qui regroupait de colosses, ne compte aujourd’hui que de la bagasse»
Politique

Dr Mungur : « Le Ptr, qui regroupait de colosses, ne compte aujourd’hui que de la bagasse »

Dans un interview accordée à Inside news, le Dr. Rajendra Kumar Mungur, n’est pas tendre envers son ancien parti. «Le Ptr qui regroupait des colosses, ne compte aujourd’hui que de la bagasse», martèle-t-il. Il évoque les raisons de sa démission du Pt: « Le Ptr a tout fait pour m’évincer… » Consultant à l’Université de New South Wale en Australie, l’ancien PPP, domicilié à Camp Ithier, est père de deux fils ingénieurs, l’un en génie civil et l’autre en informatique. Grand-père d’un petit-fils, le Dr. Mungur envisage d’intégrer officiellement le MSM.

Dr Mungur, depuis les élections générales en décembre 2014, marquées par la défaite de l’alliance MMM-Ptr, nous n’avons rien entendu de vous. Et ce jusqu’à la semaine dernière, quand nous apprenons que vous claquez la porte au Parti travailliste. Qui est Dr. Rajesndra Kumar Mungur ?

Médecin, j’ai commencé ma carrière à l’hôpital Victoria, Candos en 1977. Trois ans après, j’ai été muté à l’hôpital de Flacq. En 1992, j’a’ bénéficié une bourse – un Master in Public Health and NPH, à l’Université de New South Wale, Australie, où j’étais devenu consultant à la Santé publique.

Au terme de cette formation d’une durée de 18 mois, j’ai poursuivi ma carrière à Maurice en tant que Team Leader au département de Non-Communicable Diseases (NCD). En 2005, soit après 30 ans, j’ai décidé de mettre un terme à ma carrière de consultant à la Santé pour me lancer dans l’arène politique aux côtés d’Anil Bachoo et de Dharam Gokhool. Elu aux générales de 2005, je suis devenu PPS en 2008 avec sous ma charge deux circonscriptions No 9 (Flacq/Bon Accueil) et 10 (Montagne Blanche/Bel Air). Je n’ai pas obtenu d’investiture aux élections de 2010 au sein de l’alliance Ptr-MSM, cela au profit de Prithiviraj Roopun. Néanmoins, j’ai donné un bon coup de main en participant à tous les meetings. Lorsque j’ai évoqué la question avec mon ami Dharam Gokhool, il m’a lancé en ces termes : «Don’t worry. Let’s go and help our friends.»Nous étions confrontés à des difficultés sur le terrain. Nous ignorions, où se tenaient les meetings et les réunions privées.

N’ayant rien eu aux élections de 2010, j’a décidé d’évoquer la question avec Navin Ramgoolam après ans et demi. A ce moment, il m’a fait nommer en tant qu’Adviser au ministère des Infrastructures publiques, chez Bachoo. En revanche, en marge des élections générales de 2014 avec l’alliance Ptr-MMM, j’ai obtenu un ticket pour briguer les suffrages au No 10 aux côtés d’Ajay Gunnesh. Mais, à un moment, le leader du Ptr, Navin Ramgoolam m’a demandé de me retirer pour m’envoyer au No 6 (Grand Baie/Poudre d’Or). Lorsque, jai téléphoné à Lormus Bundhoo, il m’a répondu d’une façon que j’ai été choqué par le ton arrogant et méprisable, utilisé à mon égard. Je dois dire que j’ai participé au projet pour l’octroi de méthadone aux toxicomanes et à l’interdiction de la vente de fizzy drinks ( boissons gazeuses) dans les écoles et le port obligatoire de casque par le cycliste.

Quelles sont les raisons de votre démission du Ptr ?

La dernière goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est qu’on m’a envoyé au No 10 pour un ticket aux dernières élections générales de 2014, mais on me l’a enlevé par la suite. Cela, alors, où j’avais posé ma candidature au no 9 en 2005. Ici, je voyais Jim Seetaram en train d’intervenir lors de meetings publics.

Le comble est que quand j’ai évoqué la question avec le leader du Ptr, il m’a dit qu’il a oublié. Foutaise ! Or, moi, j’avais quitté mon poste de médecin dans la Fonction publique avec un salaire mensuel de Rs 45 000 pour devenir député avec un salaire de Rs 34 000. La vraie raison de ma démission du Ptr c’est qu’on fait tout pour me tuer politiquement. Le Ptr a tout fait pour m’évincer.

Ici, je dois dire que le dysfonctionnement du Committee Labour Party (CLP), également, a grandement contribué rôle dans ma démission. Etant membre de l’executive committee du Ptr, je dois dire que cette instance ne fonctionne pas. En ce qu’il s’agit du CLP, c’est Anil Bachoo a toujours le dernier mot. Le CLP se réunissait au bon vouloir d’Anil Bachoo. De ce fait, les instances du Ptr au niveau de No 9 ne fonctionnent pas. Je n’avais pas la voix au chapitre. Voici 4 ans que nous sommes dans l’opposition, nous sommes coupés avec le leader et l’état-major du Ptr à Port-Louis. Il n’y a aucun débat d’idées et encore moins sur les enjeux sociaux et économiques. Il n’y a aucune commission, à l’instar de Santé, Education, Environnement…

Il est déplorable que le Ptr soit dépourvu de structure.Vous vous rendez compte que le Ptr qui a été fondé en 1936 et au fil du temps, nous avons eu des hommes de calibre à l’instar de sir Harold Walter, sir Satcam Boolell, Jomadur, pour ne citer que ceux-là, est aujourd’hui représenté par Dhiraj Kamajeet. Cela pour dire qu’à l’époque, le Ptr qui regroupait des colosses ne compte aujourd’hui que de la bagasse… Le comble est que seul le leader qui a la prérogative d’octroyer des tickets pour briguer les suffrages. Navin Ramgoolam nous rabat les oreilles avec le mot rupture. De quelle rupture parle-t-il ? Il aurait dû parler de rupture de lui-même avant d’aller de l’avant.

Vous semblez être très amer envers votre ancien parti. D’où vient cette amertume ? Etes-vous frustré ?

Non, il n’y a aucune amertume et aucune frustration. L’important pour moi est j’ai exercé en tant que médecin pendant 30 ans et les gens ne m’oublient pas. Je dois dire que depuis 2005 à ce jour, j’ai toujours le même numéro de portable. En tant que médecin, je suis souvent sollicité pour des post mortem. Je ne refuse jamais, d’autant plus lorsqu’il s’agit de mort naturelle. Or, bon nombre de médecins de la jeune génération refusent de le faire.

Pour ce qui est du dévouement pour le travail social, je suis inspiré de mon grand-père, Beemul Mungur qui avait été le 1er président du conseil de district de Moka/Flacq, et Taramun Bundhun, ancien député au No 11 aux côtés de Sookdeo Bissoondoyal. Un autre aîné qui m’a grandement marqué, c’était Balmick Ramkhelawon qui avait érigé le mur en pierres taillées du stade Auguste Vollaire.

Depuis quand avez-vous songé à prendre vos distances du Ptr ?

Cela relève d’une stratégie d’action qui remonte à deux ou trois semaines. Je voulais dans un minimum time, provoquer un maximum impact.

Maintenant que vous rejoignez le MSM, expliquez-nous votre motivation…

Je répète ce que je vous ai dis tout à l’heure : j’ai délaissé un salaire de Rs 45 000 en tant que médecin dans la Fonction publique pour accepter un salaire de Rs 34 000 en tant que simple député. Je tiens à vous dire que lorsque j’avais soumis ma lettre de démission au HR de la Santé, c’était un vendredi. Il m’avait dit qu’il garderait ma lettre jusqu’à lundi, au cas où je changerais d’idée. Je lui avais répondu : ‘No, once I decide,I don’t go back !’. Combien sont ceux, percevant un salaire mensuel de Rs 45 000, qui auraient accepté de démissionner pour aller toucher un salaire de Rs 34 000. Dans, mon cas, je peux dire que je ne suis pas entré en politique pour avoir de l’argent.

Il faut rappeler que Navin Ramgoolam, a à maintes reprises déclaré à ses hommes : Si zot envi fer politik ale fer enn bizness. Si ou envi fer politik ou pas gagn narien’.

Avez-vous retenu une quelconque leçon en politique ?

Ce que j’ai appris en politique,jamais je ne l‘aurais obtenu en tant que médecin.

La politique relève d’une très grande importance. En tant que politicien, cela vous donne une dimension plus libre.

A ce chapitre, je peux citer un exemple vivant : Camp Marcelin est un village à 100% créoles de No 9. Combien de natifs de Camp Marcelin ont-ils pu intégrer la Fonction publique ? Zéro ! Idem pour les habitants de la Cité Argy. Ainsi, je me pose la question : les créoles sont-ils autant médiocres pour ne pas obtenir des emplois, ne serait-ce comme Attendants dans les hôpitaux ? Cette situation qui a perduré me hante toujours l’esprit. Chaque citoyen doit avoir la bénédiction, voire avoir une place au soleil.

Qu’attendez-vous du MSM ? Attendez-vous à un ticket électoral, un poste d’ambassadeur…?

Je n’ai encore intégré le MSM officiellement. Toutefois, je m’aligne à ce parti. I am not expecting anything from anybody, expect my contribution.Je suis bien ici à Maurice, dans mon village.Je voudrais apporter ma contribution à l’avancement du pays, d’autant plus qu’il y a des enjeux qui nous guettent. Je voudrais contribuer à la Santé.

Aujourd’hui, nous avons des cas de HIV qui ont contracté la tuberculose. Ce qui est une preuve de l’immunité de la personne est en baisse. A l’époque, le pays regroupait une cinquantaine de cas de tuberculose, lesquels étaient traités par le Direct Observed Treatment Shortcourse (DOTS). Des infirmières se rendaient sur place chez les patients, à bord de véhicules, pour les prescrire des doses sur place. Ce programme de l’OMS était 100% ‘compliant’, vu que les patients prenaient la dose par voie orale. De ce fait, les patients devenaient résistants. Mais lorsque le DOTS n’est pas 100% ‘compliant’, les patients deviennent vulnérables. Il est impérieux d’être plus humains à l’égard des patients de HIV.

«Le Ptr qui regroupait de colosses, ne compte aujourd’hui que de la bagasse»