Princes/Seafood Hub: L’industrie mauricienne du thon menacée par le boycott des « retailers »
Il est établi que depuis 2019, ce sont trois des quatre espèces de thons commerciaux de l’Océan Indien qui sont maintenant surpêchées. 
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L’industrie mauricienne du thon menacée par le boycott des « retailers »

Depuis un certain nombre d’années, l’industrie mauricienne du thon et sa chaîne de valeur tirent la
sonnette d’alarme, par rapport aux conséquences que l’absence de mesures de gestion des stocks à
la Commission des Thons de l’Océan Indien (CTOI) aurait sur l’industrie locale. En effet, depuis 2019,
ce sont 3 des 4 espèces de thons commerciaux de l’Océan Indien qui sont maintenant surpêchées.
Depuis un mois, certaines chaînes de supermarchés et « retailers » Britanniques et Européens, tels
que Tesco, Coop et Colruyt, appellent au boycott des produits fabriqués à base de thons de notre
océan, résultant en un impact direct sur les exportations mauriciennes.
Depuis décembre 2015, le Comité scientifique de la CTOI a annoncé que le thon albacore (Yellowfin)
était passé au rouge, surpêché et en situation de surpêche. Malgré cette annonce, aucune mesure
déterminante n’a été mise en place. Et maintenant 2 autres thons : le patudo (Big Eye) et le germon
(Albacore), sont maintenant classifiés comme étant surpêchés.

Groupe de Travail sur les Thons Tropicaux

La semaine prochaine, le Groupe de Travail sur les Thons Tropicaux (GTTT) de la CTOI fera l’évaluation du listao (skipjack). Tous les chiffres montrent une augmentation nette des captures sur ces trois dernières années, rendant ainsi probable que cette 4e espèce soit aussi classifiée comme étant surpêchée. Si cela devait se passer, l’Océan Indien deviendrait le premier océan à avoir toutes ses espèces de thons, à valeur commerciale, classées comme non durables.
« Il est important que toutes les parties prenantes ne se fassent pas d’illusion sur le fait que l’état actuel
du thon de l’océan Indien jette un doute important sur la viabilité future de nos opérations qui souffrent
déjà des changements liés à la COVID-19, avec la baisse de la demande des clients européens du
secteur de la restauration », explique Cougen Purseramen, COO d’IBL Seafood. « Le temps presse pour
soutenir l’industrie de la transformation du thon et sa chaîne de valeur associée, afin de protéger les
6 000 emplois directs et, dans une perspective plus large, ceux qui vivent indirectement de notre
industrie. »
Les chaînes de supermarchés appellent au boycott de l’Océan Indien
Quelques-uns des plus importants supermarchés britanniques et européens, tels que Tesco, Coop et
Colruyt, ont déjà annoncé leur intention d’arrêter d’acheter du thon de l’Océan Indien, à moins que
la CTOI ne prenne des mesures strictes. Il est à craindre que d’autres suivent leur exemple.
Les ONG environnementales telles que la World Wildlife Fund (WWF), Pew Charitable Trusts,
International Pole and Line Foundation (IPNLF) et ISSF (International Seafood Sustainability
Foundation) ont fait un appel aux États membres de la CTOI pour qu’ils adoptent des mesures
énergiques à la prochaine Commission, début novembre.

“Reconstruction des stocks”

« Il est clair que nous avons besoin d’un plan de reconstruction crédible, approuvé par toutes les parties
prenantes, permettant la reconstruction des stocks sur 2 générations », explique Neil Bohannon,
Chairman of Princes Tuna Mauritius et Group Director Fish Director Princes Limited, Liverpool.
« Princes a deux sites de production à Maurice, non seulement nos 4000 collègues dépendent de nous,
mais aussi bon nombre d’emplois dans la région. La survie de l’économie des produits de la mer dépend
sur une exploitation durable, sur le long terme, des stocks de thon, la CTOI doit faire preuve de
leadership et prendre des mesures fermes ».

De nombreuses flottes qui opèrent dans l’Océan Indien ont augmenté leurs captures depuis 2017, ou
ne sont pas assujetties à des mesures de réduction. La réduction de 25% proposée par le rapport du
Global Tuna Alliance (GTA), que Princes et IBL Seafood soutiennent, reflète la recommandation faite
par le Comité Scientifique de la CTOI, et permettrait la reconstruction des stocks d’albacore (yellowfin)
en deux générations.
Il est absolument décevant d’apprendre que la CTOI n’a pas l’intention de discuter d’aucune nouvelle
mesure de gestion malgré le besoin criant d’agir, sous prétexte que c’est lié à la nature virtuelle de la
réunion pour raison de Covid-19. Bon nombre d’acteurs du secteur, incluant les chaînes de
supermarchés et les ONG, vont considérer que c’est une excuse inacceptable.

Réduction de 40% des volumes d’albacore depuis 2017.

Les entreprises du monde entier mènent leurs affaires à distance, jonglant avec des situations des plus complexes… il n’est tout simplement pas acceptable que la CTOI ne soit pas prête à faire de même.
Ce jeudi, la société Princes, dont la maison mère est basée à Liverpool, a annoncé qu’elle allait réduire
ses achats d’albacore (yellowfin) de l’Océan Indien de moitié – soit à 16,000 tonnes –, en se basant
sur 2017 comme année de référence. De son côté, IBL Seafood, à travers sa filiale en “joint-venture”,
Mer des Mascareignes, a vu une réduction de 40% des volumes d’albacore depuis 2017.
Princes dit qu’elle espère que cette réduction volontaire mettrait de la pression sur l’Organisation
Régionale de Gestion de la Pêche, la CTOI, ainsi que sur les états membres, les armateurs et les
pêcheurs, afin que des réductions de captures soient envisagées avant la tenue annuelle de la
Commission début Novembre.
« A la fois Princes et IBL Seafood aimeraient faire appel au Gouvernement mauricien pour que celui-ci
prenne une position forte à la prochaine réunion de la Commission », plaide Cougen Purseramen.
« Nous sommes déjà alignés sur la nécessité de soutenir la durabilité des stocks de thon afin d’assurer
que les générations futures, mais aussi notre industrie, puissent profiter du thon à moyen et long
terme. Nous aimerions suggérer au Gouvernement de demander qu’une nouvelle réunion plénière de
la CTOI puisse se tenir au premier trimestre de 2021, afin que les mesures de gestion puissent y être
débattues ».
D’ici là, les nouvelles recommandations du Comité scientifique devant se tenir en décembre, seront
connues et les états membres auront eu le temps de se mettre d’accord pour des mesures de gestion
plus strictes afin d’empêcher les stocks de thon de l’Océan Indien de s’effondrer.

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