Opinion - Halte à cette malédiction de violence contre des femmes
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Opinion – Halte à cette malédiction de violence contre des femmes

Neuf femmes ont succombé sous les coups de leurs conjoints de janvier à octobre. 1 495 cas de victimes de violence conjugale ont été rapportés aux autorités à Maurice au cours de ces derniers neuf mois. Ces chiffres effrayants et alarmants ont été rendus publics en marge de la commémoration de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, observée chaque 25 novembre. Ils sont révélateurs d’une société qui cache en son sein des agresseurs et des tueurs gravement malades.

Les autorités suprêmes du pays, dont le Premier ministre et la nouvelle ministre de l’Egalité des Genres et du Bien-être de la Famille, sont arrivés sont arrivés à la conclusion qu’en dépit de plusieurs actions : renforcement de la loi (hausse des amendes et des peines d’emprisonnement), manifestations de rue, prises de position d’ONG, la situation reste inchangée ou a tendance à s’aggraver. Depuis plusieurs décennies, dans nombre de cas, on a vu de victimes de violence conjugale, détentrices de Protection Order, assassiner par leurs  conjoints, concubins ou petits amis.

Dimanche 23 novembre, à l’Auditorium Octave Wiehe, Catherine Prosper, porte-parole de l’Inion Fam, est montée au créneau pour dénoncer une vérité toute crue. «Finn ler pour sertenn ofisie aret banaliz violans kont bann fam», a-t-elle lancé sans ambages. Etant victime de violence domestique pendant 4 ans, Catherine Prosper a soutenu que l’heure a sonné pour certains fonctionnaires de cesser de se contenter, voire se réfugier dans leur rôle de médiateur, alors qu’on se retrouve avec des morts sur les bras.

Par conséquent, le Premier ministre, Pravind Jugnauth a consenti avec raison, qu’effectivement, il y a des fonctionnaires qui font leur travail avec conscience professionnelle et d’autres qui ne le font pas.

Compte tenu de l’ampleur de la violence conjugale et du féminicide à Maurice, Pravind Jugnauth a annoncé l’institution d’un comité de haute instance au Prime Minister’s Office dans son allocution à Réduit, dimanche 24 novembre. Il a souligné qu’en sus de la poursuite d’une réflexion en profondeur, il faut élaborer une stratégie pour s’attaquer à ce fléau. Il a fait état des protocoles bien définis à mettre en place et situer les rôles des personnes qui travaillent au sein des institutions concernées. Aussi, il a soutenu qu’il faudra travailler avec les agresseurs, en vue de les réhabiliter.

Dans ce contexte, il a fait état d’une réunion du ministère des Finances avec celui de l’Egalité des Genres, tenue en octobre dernier, en vue de renforcer les départements traitant la violence domestique, cela dans une perspective “d’offrir de meilleurs services, d’assurer un suivi et d’encadrer les agresseurs,”

Pour sa part, l’Acting UN Resident Coordinator, Dr Laurent Musango a affirmé qu’un des projets phares qui bénéficiera de l’appui de l’ONU, est la conceptualisation du Système d’information sur la violence domestique. «Cette Observatoire de la violence fondée sur le genre sera une première dans la sous-région», a ndiqué le Dr Musango.

Dans la conjoncture actuelle, des mesures additionnelles s’avèrent plus que jamais nécessaires en vue de mieux répondre au fléau des violences conjugales.

Les autorités et décideurs concernés doivent pouvoir s’inspirer de certaines mesures, prises par d’autres pays, à l’instar de la France pour mettre au pas les agresseurs et assurer la protection des victimes qui sont souvent en danger de mort.

Primo, il est souhaitable de mettre en place des centres de prise en charge des hommes auteurs de violences conjugales, afin de faire baisser la récidive. Maurice, étant un petit pays de 1,3 million d’habitants, deux ou trois centres suffiront. Il ne faudrait surtout pas placer les tueurs dans ces structures, mais les auteurs de violences conjugales condamnés à des petites peines ou à des peines avec sursis. 

On fait remarquer qu’en France, par exemple, de tels centres réduiraient la récidive de ces violences à environ 20% contre 60% habituellement. Cette prise en charge psychologique est jugée efficace car elle permet une prise de conscience chez nombre de ces hommes. 

Deuxio, il faudrait établir une grille d’évaluation, destinée aux policiers. Pour mieux encadrer le recueil des plaintes des victimes de violences conjugales, les policiers vont devoir répondre à une grille de questions afin de mieux évaluer les signaux d’alerte lorsque les victimes se rendent au poste de police. Le questionnaire, composé d’une vingtaine de questions que le policier devra poser à son interlocutrice, indépendamment d’un dépôt de plainte. 

Parmi ces questions : “la personne assise à mon bureau est-elle dans une situation de danger imminent ?” ; “votre partenaire ou ancien partenaire a-t-il déjà menacé de vous tuer ou de tuer quelqu’un d’autre ? (enfant)” ; “a-t-il précisé de quelle manière il projetait de le faire?”, ou encore “votre partenaire ou ancien partenaire possède-t-il des armes tranchantes/ armes à feu (déclarées ou non)?”.

Tertio, les armes armes tranchantes ou armes à feu se trouvant en possession des conjoints violents doivent être confisquées. Le but fixé est de mettre ainsi de nombreuses femmes à l’abri. Quarto, l’Integrated Support Centre, greffé sur la hot line 139, destinée aux femmes battues et victimes de violence conjugale, doit être redynamisé. La ligne d’écoute devra être opérationelle sur une base de 24/7.

Comme cela vient d’étre proposée par Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les hommes et les femmes, en France, le suicide forcé doit être reconnu. De ce fait, la reconnaissance que le suicide d’une femme ayant subi des violences a été “forcé” par son conjoint qui a exercé une pression psychologique sur elle sera entérinée. Maurice peut s’inspirer de cette mesure. Autre mesure que Maurice peut appliquer est la suspension ou la déchéance de l’autorité parentale de l’agresseur. 

Tout fléau a un coût. Pour ce qui est de la violence contre des femmes, le Premier ministre a affirmé qu’elle coûte Rs 2 milliards à l’Etat. De ce fait, des efforts doivent être entrepris à tous les niveaux pour le réduire ou le minimiser. Car, il y va de l’économie du pays. Plus que jamais la violence contre des femmes doit cesser. Halte à cette malédiction de violence contre des femmes.

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