[Opinion] La leçon de Bissoon Mungroo aux géants de l'hôtellerie
Une fois, la Covid-19 (Miscellaneous) Act 2020, votée à l’Assemblée Nationale, le 15 mai, avant d’avoir l’assentiment du président de la République et d’être “Gazetted”, le lendemain, 16 mai, les premières répercussions de la pandémie n’ont pas tardé à se faire sentir dans un des secteurs clés de l’économie mauricienne, qu’est l'hôtellerie.
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[Opinion] La leçon de Bissoon Mungroo aux géants de l’hôtellerie

Une fois, la Covid-19 (Miscellaneous) Act 2020, votée à l’Assemblée Nationale, le 15 mai, avant d’avoir l’assentiment du président de la République et d’être “Gazetted”, le lendemain, 16 mai, les premières répercussions de la pandémie n’ont pas tardé à se faire sentir dans un des secteurs clés de l’économie mauricienne, qu’est l’hôtellerie. Alors que New Mauritius Hotels, (NMH), le pionnier et leader du marché de l’hôtellerie à Maurice, exerçant ses activités  sous le nom de Beachcomber Resorts & Spa, a manifesté son intention de licencier 50% de son personnel, un hôtel dans le sud du pays a affirmé qu’il envisage de fermer ses portes ou encore certains employeurs de ce secteur qui tentent de se cacher derrière le Wage Assistance Scheme (WAS) pour procéder à des licenciements et ne pas payer les salaires aux employés pour le mois de mai.

S’agissant du WAS, il nous revient que les patrons d’hôtels concernés refusent de formuler leurs demandes auprès de la MRA, pour ne pas de profiter les facilités, mises à leur disposition, par le gouvernement pour honorer les salaires des employés pendant trois mois, ( de mars à mai 2020), cela en avançant l’argumentation qu’ils devront rembourser les fonds, qui leur auront été octroyés.

Mis au parfum de viles manoeuvres de certains patrons, par rapport au WAS, le ministre du Travail,  Soodesh Callichurn a rétorqué: “Cette obligation de rembourser s’applique seules aux compagnies profitables. Pour cela, l’employeur bénéficie d’un moratoire, échelonné sur plusieurs mois pour effectuer des remboursements”  De fait, il est explicite que les démarches drastiques de certains patrons de certains établissements hôteliers sont graves et fort répréhensibles. 

Intervenant lors d’une radio privée, hier, 22 mai, le président de l’Association des Hôtels de Charme de l’Ile Maurice, Bissoon Mungroo, a tranché dans le vif. “A kot nou tout pe roule a la normal. Gouvernema finn pran disposition pou paye totalité saler depi lockdown (…) Ki la paye ki zot pa pe capav payer? Se plis bann travayer ki touche plis ki Rs 50 000 par mois. Vire tourne, tourne ki vire, mem patron partout. Rien pou dir ki pa pe gagn l’argent. Zot pran cash flow pou investi dan lezot sekter. Nou, nou pa parey. A kot nou pena saler Rs 200 000, Rs 400 000, Rs 500 000; gagn villa pou reste. Me, erreur gouvernema depi touzour, se finn fer etranger vinn travay dan Moris. Morisien kuma dir nek bon pou fer waiter, la plonz, charier valiz. Or, certain patron zot amenn manze tout. Tout zot mem…”, a lancé catégoriquement, Bissoon Mungroo. Il a osé dire tout haut ce que les autres pensent tout bas.

 Selon lui, certains groupes hôteliers, à chaque fois qu’ils ont fait des profits, ils les auraient investis à l’étranger et diversifié dans d’autres secteurs: tourisme, textile…Tournant le couteau dans la plaie, il s’est interrogé: ”Combien de dividendes ont-ils été payés? Azordi a koze 2 mois ou 3 mois saler zot commans plore. Ena compagnie, direction trouve dan Dubai, Management trouve en France. Normal ki proprieter pa kone ki sanela. Normal pa pou trouve larzan pour la paie.” Ainsi, Bissoon Mungroo a déploré avec raison les largesses que font preuves certains  gros établissements hôteliers.

En revanche dans tentative de réplique, le président de l’AHRIM, Jean-Michel Pitot a argué que l’enveloppe salariale pour les trois mois: mars, avril et mars, ainsi que les frais de licences, assurance et entretien de piscines oscillent entre Rs 1,5 milliard et Rs 1,7 milliard. “De ce montant, le gouvernement en a octroyé Rs 400 M pour payer les salaires en dessous de Rs 50 000. Donc, les hôtels ont puisé de leurs fonds entre Rs 1,1 milliard et Rs 1,2 milliard pour payer les salaires”,  a-t-il affirmé, A ce rythme, a soutenu le président de l’AHRIM, il est “impossible de garder les employés.”

Il a justifié la préservation de certains fonds, destinés à la rénovation: “l’Ile Maurice est reconnue pour l’amélioration perpétuelle de ses produits: travaux de rénovation, repeindre….Des gens doivent être raisonnables dans leurs propos”

La pandémie du Covid-19, nous n’en disconviendrons pas, a mis à genou, l’économie mondiale, mais tous les maux et les facteurs d’échec ne peuvent être mis sur le dos de ce redoutable virus. L’endettement et les largesses à outrance pèsent lourds sur l’hôtellerie.

Selon les statistiques disponibles à la Banque de Maurice (BoM), il est souligné que le secteur hôtelier demeure toujours, et de loin, le plus endetté. Cela, avec un montant de Rs 38 milliards à février 2019.

De ce fait, il est souligné que les facilités bancaires au secteur touristique ont augmenté en dix ans, passant de Rs 17,8 milliards en juin 2007 à Rs 40,75 milliards en juin 2017,  soit une hausse de 228 %.

Ainsi, cette situation n’est pas nouvelle et encore moins inédite pour ce secteur, cela d’autant plus que la BoM, a plus d’une fois tiré la sonnette d’alarme sur la fragilité financière de l’hôtellerie.

Dans la conjoncture, il est souhaitable que le Tourisme, dont l’hôtellerie qui a toujours brassé des milliards en termes de recettes ( Rs 64 milliards en 2018) révise sa stratégie de développement et ne procède pas à des licenciements massifs, lesquels sont susceptibles de provoquer des bouleversements sociaux. 

En dépit de tout de ce qu’on peut dire ou supputer, la simple et bonne leçon de Bissoon Mungroo en dit long et doit pouvoir inspirer bon nombre d’hoteliers. 

[Opinion] La leçon de Bissoon Mungroo aux géants de l’hôtellerie