Opinion: Pauvreté, pourquoi pas un ministère de l’Intégration sociale à part entière? 
Il est un fait que dans ces poches de pauvreté, il y a de groupes vulnérables, voire les plus démunis de la société qui luttent pour survivre.
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Opinion: Pauvreté, pourquoi pas un ministère de l’Intégration sociale à part entière? 

Sept semaines à peine après l’écrasante victoire de l’Alliance Morisien, il y a deux questions qui demeurent sur les lèvres de bon nombre de Mauriciens: (i) pourquoi n’a-t-on pas eu un ministère de l’Intégration sociale à part entière?; (ii) pourquoi avoir annexé l’Intégration sociale au ministère de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale? Ces questions ont toutes leur pertinence dans la mesure que la République de Maurice cache en son sein plusieurs poches de pauvreté: quartier Shell (Camp Zoulou), à Roche Bois, Bangladesh (Tranquebar), squatters de Cité La Cure, Vallée Pitot, Zenfan la Rivière (en contre-bas de l’autoroute du Nord), African Town (Riambel), Cité Tole (Mahebourg), Cité Lumière (Grand Baie)…La liste est longue. 

Il est un fait que dans ces poches de pauvreté, il y a de groupes vulnérables, voire les plus démunis de la société qui luttent pour survivre. Les conditions précaires et aléatoires dans lesquelles évoluent nombre de familles, dont certaines sont monoparentales, sont teintées d’une multitude de problèmes: promiscuité, violence domestique, alcoolisme, drogue, sévices… 

Aussi, l’existence d’un ministère de l’Intégration sociale à part entière revêt de toute son importance et de son symbolisme. Il faut dire que ce n’est pas sur un plateau que les Mauriciens avaient enfin obtenu un tel ministère après les législatives de 2010.

La mise en place d’un tel ministère est le fruit d’une longue lutte acharnée contre la pauvreté d’une durée de plusieurs décennies. En prélude d’un ministère de l’Intégration Sociale, le Trust Fund fo the Integration of the Vulnerable Group (TFIVG) avait été crée et rattaché au ministère des Finances, suite aux élections générales de 1995 avec une dotation budgétaire de Rs 500 M. Ce TFIVG avait pour mission première de bâtir des maisonnettes en tole et bois, destinées aux démunis et squatters, occupant des terres de l’Etat dans plusieurs régions du pays: Karo Kaliptis (Batterie Cassée), Case Noyale, Rue Scott ( Cité La Cure), Richelieu, entre autres. 

La mise en place d’un tel ministère est le fruit d’une longue lutte acharnée contre la pauvreté d’une durée de plusieurs décennies.

Et cette semaine, le reportage de notre collègue, Sharone Samy, sur le cri du coeur de Suzy qui vit avec dix enfants ( neveux, nièces et petits enfants…) et trois adultes, à Riche Terre, doit interpeller tout un chacun. 

 Selon les chiffres officiels disponibles en 2018, il est établi que 120 000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté. Ces personnes n’arrivent pas à vivre correctement, ou à faire vivre leurs familles. Cela représente 10% de la population, soit 1 personne sur 10. Les enfants sont les plus touchés par la pauvreté : 1 enfant sur 7. Dans certaines régions 1 sur 3. Dans une classe, cela représente entre 4 et 10 enfants. “Souvent, on pense que leurs parents ne travaillent pas. Ce n’est pas toujours vrai. A Maurice comme en France, avoir un travail ne protège pas toujours de la pauvreté. A Maurice, sur 100 personnes pauvres, 16 travaillent mais sont mal payées, ou ne travaillent que quelques heures par semaine. On les appelle les travailleurs pauvres”, peut-on lire dans un article de presse très révélateur.

A la lumière d’une publication de la Banque Mondiale, intitulée Île Maurice : combattre l’inégalité en créant des marchés du travail plus équitables, en date du 28 mars 2018, il est souligné “(…) Bien que ces dix dernières années aient été caractérisées par une remarquable croissance économique, elles ont également été marquées par une faible redistribution des revenus de la croissance dès que le modèle économique du pays a commencé à rencontrer des difficultés et que les inégalités se sont accentuées. De 2001 à 2005, l’écart entre les revenus des 10 % des ménages les plus pauvres et les plus riches s’est creusé de 37 %.”

D’où la décision du gouvernemenr de préconiser un plan Marshall Plan pour éradiquer la pauvreté et l’exclusion à l’Île Maurice en 2017. En vertu de ce plan Marshall, il était convenu que “les Mauriciens vivant dans une pauvreté absolue – définie à l’échelle nationale à raison de 4,30 dollars par personne et par jour – recevront désormais des transferts en espèces et seront accompagnés par des travailleurs sociaux pour faire face à des défis, tels que l’éducation des enfants, les soins aux personnes handicapées, la formation professionnelle, la recherche d’emploi ou la mise en place et le développement d’une petite entreprise, entre autres.”

Bien que le plan indique 33 600 ménages ou 122 700 personnes comme nombre officiel de personnes pauvres dans le pays, le gouvernement se concentrerait initialement sur les plus pauvres, soit environ 10 000 ménages ou 37 000 personnes.

Environ 63 millions de dollars américains, soit 2,2 milliards de roupies, auraient été engagées pour les trois prochaines années, pour mettre en œuvre les 39 propositions concrètes et chiffrées du plan.

Deux ans se sont écoulés, on se demande où est ce plan Marshall? Pourquoi tarde-t-on à le mettre en oeuvre?

Maintenant que l’Intégration sociale est sous l’ombrelle de la Sécurité Sociale, des questions se posent. Est-ce qu’on aura des résultats probants? Il n’est un secret de polichinelle que sans un ministre fort de caractère et à plein temps, l’Intégration sociale aura tendance à sombrer dans l’immobilisme. Déjà, il nous revient que les fonctionnaires en poste à l’Intégration sociale, ainsi que le personnel affecté à la National Empowerment Foundation (NEF) semblent être perdus. Ils naviguent comme un navire sans gouvernail.

On est en droit à se demander: est-il possible qu’à la fin de 2019, Maurice qui aspire à devenir un pays à haut revenu, continuen à voir certains de ses concitoyens, dépourvus des aménités de base ( toilettes, salle de bains…), lutter pour survivre à la lueur des bougies dans des maisonnettes de fortune et à déféquer dans des sacs en plastique, comme c’est la dure réalité à la Cité La Cure?

Opinion: Pauvreté, pourquoi pas un ministère de l’Intégration sociale à part entière? 

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