Santé publique: Investir oui, mais un urgent besoin de ‘clean up the mess’!
La clinique Medpoint abritera le Cancer Centre
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Santé publique: Investir oui, mais un urgent besoin de ‘clean up the mess’!

Santé publique… Le ministère de la Santé, qui assure un service gratuit dans les hôpitaux, contrairement à beaucoup d’autres pays, bouffe beaucoup d’argent. C’est le ministère avec un des plus gros budgets de l’État. Anwar Husnoo, médecin et aujourd’hui ministre de la Santé et Qualité de la Vie, a été sous les feux des projecteurs ces derniers jours. Il a été la cible d’une Opposition, très critique sur la qualité du service offerte dans les hôpitaux et sur la gestion des médicaments. Mais est-il le RESPONSABLE ou a-t-il hérité d’un système que ses prédécesseurs ont eu du mal à s’en débarrasser?

Un simple détour sur le dernier rapport du Bureau de l’Audit nous permet de comprendre qu’il existe une sorte de ‘Mafia”, hélas le mot n’est pas fort, qui s’enrichisse sur le dos des patients. Une mafia qui agit en toute impunité, car en face, il y a des fonctionnaires qui n’assument pas leurs responsabilités. Une phrase, une seule à retenir dans ce rapport résume la situation:There was no segregation of duties with a few officers having a stronghold on several steps of the procurement process”.

Il y a eu de grands débats sur les services offerts dans les hôpitaux ces dix derniers jours, surtout après la PNQ du leader de l’Opposition le 13 novembre sur la santé. Des critiques justifiées, mais de là à faire croire à la population que c’est l’apocalypse dans ce secteur, c’est osé. Il existe de nombreuses failles dans le système, mais c’est une situation tolérée pendant des années par les différents gouvernements qui se sont succédé. Xavier Luc Duval a été dans le Cabinet pendant des longues années, il a été ministre des Finances, il le sait très bien. Le voir ou tirer la sonnette d’alarme maintenant est une hypocrisie.

Si l’Etat dépense beaucoup d’argent dans la santé publique, c’est aussi vrai de dire qu’on jette beaucoup à la poubelle.

Simple exemple. Une mauvaise planification au niveau de l’achat et du stockage des médicaments depuis 2005, nous a donné ceci en 2016: 350 tonnes de médicaments périmés, le tout évalué à Rs 1 milliard. Les coupables eux n’ont jamais eu à répondre de ces fautes. Et ça, ce n’est certainement pas le régime en place qui est entièrement responsable.

Le rapport de l’Audit de 2017, publié en 2018, a aussi démontré que le ministère
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En 2016, 350 tonnes de médicaments périmés, le tout évalué à Rs 1 milliard, ont dû être détruits
  • 1. a acquis 32 000 fioles de 50 ml et de 100 ml de paracétamol contrefaits, et le fournisseur, qui a joué avec la vie des gens, n’a remboursé que Rs 1,5 million alors que la valeur du contrat était de Rs 2.5 millions.  Ce qui fait que Rs 937 272 n’ont pas été retournées dans la caisse de l’État?
  • 2.  mars 2015, 7 144 et 11 404 fioles de 50 ml et 100 ml respectivement ont été reprises des centres hospitaliers, mais aucune entrée n’a été faite dans le système, dont le département de Procurement n’a pas été informé de ce ‘recalled from outstations”.
  • 3. 302 736 flacons pour la toux Mucosol achetés ont été jugés “unfit for consumption” en juin 2017. Ils ont dû être retirés des hôpitaux. Dans ce cas précis, le fournisseur, qui aurait dû rembourser la somme de Rs 3,7 millions, soit la valeur totale de la cargaison achetée, ne l’a pas fait.
  • 4.  En juillet 2015, 1945 injections de Methy Prednisolone sur un lot de 10000 ne répondaient pas aux normes et en novembre 2016, 7 143 ampoules d’une valeur de Rs 803 373 ont été jugées “unfit for use”. Comme officiellement il n’y avait aucune indication que ces médicaments étaient défectifs, aucune action n’a été prise à l’égard du fournisseur.
  • 5. En octobre 2016, 94 883 flacons d’Amoxycillin d’une valeur de Rs 863 000 ont été retirés, car ils étaient de mauvaises qualités. On peut lire ceci dans le rapport: “In October 2017, a year after, no action was taken by the Ministry to recoup the amount paid as no claim has been sent to the supplier….”

Critiquant le système de Procurement qui est en place depuis des années, le bureau de l’audit écrit entre autres:Manufacturers were eliminated for reasons of blacklisting from unauthorised sources, after several unsuccessful attempts to procure drugs, the Ministry had as a last resort, purchased in urgency whatever quality was available and at high prices, Several items included in tenders were not considered at evaluation on the ground of sufficient stock to be subsequently procured within a few months due to depleting stock resulting in waste of resources and risk of stock out. Faut-il en dire plus!

Santé publique: Investir oui, mais un urgent besoin de ‘clean up the mess’!
Le nouvel hôpital ENT verra le jour à la place du bâtiment existant, à Vacoas, d’ici quelques mois.

Le Dr Husnoo l’a confirmé:

“C’est la responsabilité du protocole. C’est à eux de travailler …”
“C’est la responsabilité du protocole. C’est à eux de travailler …”
Anwar Husnoo:” On ne peut malheureusement pas tout faire du jour au lendemain”

Réagissant aux critiques le 19 novembre, le Dr Anwar Husnoo, ministre de la Santé a tenu ces propos: “C’est la responsabilité du protocole. C’est à eux de travailler et ce n’est surtout pas à moi de décider de certaines choses. Ce sont les techniciens qui travaillent sur ce dossier qui doivent prendre des décisions. Je suis conscient des problèmes. Il faudra un gouvernement policy et je peux dire qu’on travaille sur ça”, a indiqué le ministre à la presse.

“Donnons des médicaments à tout le monde…c’est facile de venir dire ça, mais on doit aussi voir combien ça nous coûte au final. L’État dépense Rs 1 milliard annuellement sur l’achat des médicaments. Depuis que ce gouvernement est en place, il y a eu beaucoup de nouveauté en termes de traitements. On ne peut malheureusement pas tout faire du jour au lendemain. Il y a des procédures à suivre. Cela prendre un peu de temps, mais que ce soit pour les patients souffrant du cancer et autres maladies, il y a des médicaments qui coûtent Rs 1 million par an pour un patient…You know what it means…”

Nous comprenons parfaitement le stand du ministre Anwar Husnoo, car il a insisté sur le fait qu’il y a  des procédures à suivre. À Maurice, on ne doit pas s’ingérer dans le système. Une intervention de sa part pour faire bouger les choses peut être une arme à double tranchante dans un pays où la presse ou l’opposition tirent sur tout ou presque. Le gouvernement ne peut donc que laisser le système fonctionner. Et c’est justement là où le bât blesse. Il existe un ‘fast track” qu’on prend dépendant des humeurs des fonctionnaires! Bref, si on peut le dire ainsi.

C’est toujours difficile de changer la routine des fonctionnaires. Le rapport de l’Audit pour l’année 2017 est venu démontrer encore une fois que ceux responsables du dossier Procurement ont failli, encore. On étonne qu’ils sont toujours en place alors que d’autres pays, ces gens auront tout simplement été suspendus et relevés de leurs fonctions après tant de fautes. Il existerait trop de pouvoir concentré entre les mains d’une petite minorité au sein du ministère de la Santé et chaque gouvernement danse à leur tube. Le Dr Anwar Husnoo aura donc intérêt à agir et vite. Au cas contraire, tous les maux de la Santé lui seront attribués.

Vers un service de qualité

Le gouvernement actuel a la volonté d’offrir un service de qualité aux Mauriciens. Dans son discours budgétaire 2018-19, le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth avait énoncé ses priorités au niveau de la santé. Ils sont:

  • (i). A new Teaching Hospital will be built in Flacq
  • (ii). A medical hub is being developed at Côte d’Or City comprising a modern Eye Hospital, a warehouse for medical products, a New National Health Laboratory Services Centre and the AYUSH Hospital for ayurvedic treatment
  • (iii).  New Cancer Centre
  • (iv).  Provision for the acquisition of a fully-fledged mobile caravan to promote early detection of breast and cervical cancer
  • (v). Rs 100 million for the e-Health
  • (vi).  Recruitment of 10 Specialists, 10 Community Physicians, 7 Clinical Psychologists, 50 Trainee Nurses and 30 Trainee Midwives.

Et ce qui est en train de se réaliser rapidement pour assurer un service de santé efficace à tous les citoyens mauriciens.

1. Dialyse

Des nouveaux appareils de dialyse

Une deuxième unité à l’hôpital Dr. A. G. Jeetoo qui comprendra 26 appareils supplémentaires. Le coût de ces équipements s’élève à Rs 20.6 millions. Cette nouvelle unité, pouvant accueillir environ 150 autres patients, devrait être opérationnelle au début de l’année prochaine, après l’installation du Water Treatment Plan au coût de Rs 5.3 millions. Aussi à venir 34 autres nouveaux appareils de dialyse pour remplacer les vieux appareils qui se trouvent dans les cinq hôpitaux régionaux.

Une autre nouvelle unité de dialyse – équipée de 20 appareils – devrait être opérationnelle à l’hôpital de Montagne Longue à partir de l’année prochaine. Une somme de plus de Rs 25 millions sera déboursée sur ce projet.

2. Cancer Centre à Med Point

Le cancer centre coûtera Rs 1.5 milliard

 

La clinique Medpoint, avec l’aide financière de l’Arabie Saoudite, qui accordera un emprunt de 25 millions de dollars à l’État mauricien à cette fin, abritera le Cancer Centre. Ce projet coûtera 1,5 milliard de roupies.  Au total il comprendra 230 lits et huit ICU.

3. ENT  Hospital à Vacoas

Un nouvel hôpital spécialisé Ear, Nose & Throat (ENT) verra le jour à la place du bâtiment existant, à Vacoas. Étendu sur une superficie de presque 15 000 mètres carrés, le nouvel établissement sera pourvu de 100 lits et  comprendra des équipements des dernières technologies. Ce complexe hospitalier comprendra trois salles d’opération, dont deux grandes salles, une unité de soins intensifs (six lits), un département outpatient et de radiographie et trois salles de 30 lits pour accueillir les hommes, les femmes ainsi que les enfants.

4. Hôpital des yeux

Le nouvel hôpital des yeux verra le jour à Moka, tout près de la clinique Wellkin. Le nouvel établissement de quatre étages sera doté de quelque 150 lits. Coût : Rs 600 millions.

5. Nouvel hôpital à Flacq et SSRN

New Flacq Teaching Hospital. Voilà comment s’appellera le nouvel hôpital de Flacq, qui sera construit sur 20 000 pieds carrés. Ce sera sur un terrain de 25 arpents à Constance. Ce sera le plus grand hôpital  pouvant contenir 1000 patients et comprendra13 salles d’opération.

6. Un Central pharmacy store

Le stockage des médicaments se fait, à ce jour, à trois endroits différents, soit à  l’Agricultural Marketing Board, la Central Supply Division du ministère de la Santé et l’hôtel Sunray à Coromandel. Les normes ne sont pas réellement respectées d’où l’arrivée prochaine d’un Central Pharmacy Store. Ce sera entre à Côte d’Or. Ce qui permettra de garder les données du stock des médicaments dans un système informatique tout en stoppant les gaspillages.

Petit rappel…les belles annonces de XLD en 2013

Le leader de l’Opposition actuel a été trop longtemps dans le système pour ne par comprendre la réalité. En parcourant son discours, le temps qu’il était ministre des Finances, Xavier Luc Duval avait annoncé dans son programme “Build Mauritius Plan” un budget de Rs 9,2 milliards et une série de mesures. C’était en 2013. Un an avant qu’il ne quitte le gouvernement Ramgoolam, ses projets annoncés en grande pompe soit: 1. Médecins de famille” in Area Health; 2. Formation de 40 médecins en France et à Londres; 3. Introduction d’un National Diabetes Register and a National Diabetes Management System (DMS) Centres; 4. National Diabetic Retinopathy Grading Centre; 5. a structured Diabetic Foot Care Service; 6. recruitment of 4 diabetologists.

Et pour affronter le cancer, il avait assuré que les patients vont bénéficier d’un traitement correct. XLD avait alors annoncé la mise sur pied d’un National Cancer Agency sous l’égide du Trust Fund for Specialised Medical Care. Au niveau des infrastructures, le ministre des Finances d’alors avait voté la somme de Rs 566 millions pour que l’hôpital Victoria dispose de six State of the Art Operating Theatres et quatre blocs  pour accommoder 120 patients additionnels,  la construction de 3 mediclinics pour un coût estimé à Rs 38 millions à Goodlands, Stanley et Floreal, Rs 11 millions pour deux centres communautaires à Baie du Tombeau et Phoenix et d’un Area Health Centre à Bambous. Et toujours dans son objectif d’améliorer le service, le recrutement de 33 spécialistes pour assurer un service 24/7 dans les hôpitaux régionaux, 35 médecins pour être mutés dans les Emergency Units et 300 infirmières. Combien de ces objectifs ont été atteints?

Il y a eu la construction des  six State of the Art Operating Theatres et des quatre blocs  pour accommoder 120 patients à Candos. Des trois médiclinics annoncés, seulement celui de Goodlands a été construit. Les deux autres annoncés à Stanley et Floréal, ils sont en chantier actuellement.Ce petit rappel, c’est juste pour dire à certains qu’on peut avoir les plus belles intentions du monde, mais le traduire dans la réalité, ce n’est pas aussi facile.

Cancer… si on avait pris la décision en 1998!

Maurice dispose d’un seul “linear accelerator” obtenu en 1994 et il était considéré comme un des cinq équipements “hi-tech”. Toutefois, cet équipement avait un “lifetime” de 10 ans et aurait dû donc été remplacé en 2004. En 2017, soit 23 ans après, il était toujours le seul équipement de ce genre à Maurice. Pourtant en 1998, donc sous le règne du Parti Travailliste, on aurait dû procéder à l’acquisition d’un deuxième appareil. Le Bureau de l’audit l’a confirmé d’ailleurs: “No explanation was obtained as to why a second and more sophisticated one was not purchased despite the need for a second linear accelerator being felt since 1998 (four years after the acquisition of the actual LINAC).” Les techniciens essayent de se débrouiller tant bien que mal avec ce qu’ils ont sous la main. Mauvaise planification oui? Mais elle date depuis 1998 malheureusement.

Santé publique: Investir oui, mais un urgent besoin de ‘clean up the mess’!